Mardi 12 Décembre 2017

Zimbabwe: redresser l'économie, priorité des priorités

Zimbabwe: redresser l'économie, priorité des priorités
(AFP 23/11/17)

A 76 ans, Chareka Mutungwazi a passé une nouvelle nuit devant son bureau de banque. Comme tant d'autres Zimbabwéens, il n'en peut plus de vivre dans un pays ruiné par les politiques erratiques de l'ex-président Robert Mugabe.

"Il fallait que je dorme dans la queue si je voulais être sûr de toucher mon argent", explique ce retraité croisé par l'AFP sur un trottoir de la capitale Harare. Assis inconfortablement, il peste: "après 55 ans de travail, c'est comme être de retour au boulot!"

Dans cette banque, faute de liquidités, les retraits sont plafonnés à 20 dollars. Un peu plus loin, une autre a fixé la limite à 10 dollars.

Charles Mutimhairi, 35 ans, propriétaire d'une papeterie à Harare, y attend patiemment son tour en commentant la fin des trente-sept ans de règne de Robert Mugabe, poussé à la démission mardi par l'armée, la rue et son parti.

L'arrivée au pouvoir d'Emmerson Mnangagwa, qui sera investi vendredi président, suscite "des espoirs", reconnaît-il. Attention, met-il toutefois en garde, "il faut de vrais changements, ça veut dire créer un environnement stable pour attirer de nouveaux investissements, de l'argent et créer des emplois".

La crise financière n'est qu'un des nombreux maux dont soufre le pays, qui se débat avec une croissance atone, une inflation rampante et un chômage de masse.

M. Mnangagwa a promis mercredi, dans son premier discours depuis sa désignation, de s'attaquer à ces problèmes. "Nous voulons la croissance de notre économie, nous voulons des emplois", a-t-il lancé, sans plus de détails.

Sa tache s'annonce titanesque.

Longtemps pourtant, le Zimbabwe fut un modèle de réussite en Afrique, au point d'être surnommé le "grenier à blé" du continent.

A son arrivée au pouvoir en 1980, Robert Mugabe a mis sur pied un système d'éducation et de santé solide, ménagé les intérêts de la minorité blanche et stabilisé le pays.

Mais en 2000, il a lâché les vétérans de la guerre d'indépendance contre les fermiers blancs. Plus de 4.000 d'entre eux ont quitté le pays dans la précipitation et la violence. Le secteur agricole s'est effondré, entraînant dans son sillage toute l'économie.

- 'Vagabonds' -

Le régime a alors eu recours à la planche à billets pour financer ses dépenses, entraînant une hyperinflation vertigineuse, se comptant en milliards de pour cent.

En 2009, il a dû renoncer à la monnaie locale pour adopter le dollar américain et le rand sud-africain. Fin 2016, il a lancé une nouvelle devise pour tenter de ralentir la fuite des dollars vers l'étranger. Mais ces "billets d'obligation" n'ont pas produit les effets espérés.

Robert Mugabe a "fait de nous des vagabonds", résume le député d'opposition James Maridadi.

"L'économie va se rétablir grâce au camarade Mnangagwa", espère pourtant Berry Makiyi, 35 ans, un ingénieur en électricité favorable au nouvel homme fort, qui lui conseille de s'attaquer "d'abord à la crise financière".

"Il devrait également essayer d'avoir une meilleure politique en matière d'investissement, de se montrer plus souple sur les règles d'indigénisation", ajoute-t-il.

Les lois dites "d'indigénisation" ont été votées en 2007 pour contraindre les entreprises étrangères à céder la majorité de leurs parts à des investisseurs locaux. Sans être pleinement appliquées, elles ont rendu très frileux les investisseurs étrangers.

Ancien ministre de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, est considéré par la communauté internationale "comme plus ouvert aux réformes", souligne la société d'analyse économique BMI Research.

"Nous avons plus de raison d'être optimiste sur un retour du Zimbabwe auprès des investisseurs internationaux au cours des deux prochaines années", ajoute dans une note BMI, qui ne croit toutefois pas possible de résoudre la crise financière dès 2018.

Pourtant le temps presse. "Si le pays s'effondre, les militaires ne seront pas payés et il y aura un risque de nouveau coup d'Etat", relève l'analyste Derek Matyszak de l'Institut pour les études de sécurité (ISS). "Il faudra donc faire vite et bien".

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