Vendredi 20 Avril 2018

Zimbabwe: Mnangagwa promet un "nouveau chemin" à son parti et au pays

Zimbabwe: Mnangagwa promet un "nouveau chemin" à son parti et au pays
(AFP 16/12/17)

Le nouveau président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a symboliquement refermé vendredi la page des trente-sept ans de l'ère Robert Mugabe en promettant aux cadres du parti au pouvoir réunis en congrès de suivre "un nouveau chemin".

Cacique de l'ancien régime, M. Mnangagwa a pris les rênes du pays après la démission le 21 novembre de l'indéboulonnable Robert Mugabe, 93 ans, victime d'un coup de force de l'armée et lâché par la direction de la Zanu-PF.

Depuis son investiture, le nouvel homme fort du pays a promis de redresser l'économie, sortie exsangue du règne de son prédécesseur, et de renouer avec la démocratie.

"Ce congrès doit définir un nouveau chemin pour le parti (...), notre parti doit être l'instrument du rêve collectif de la nation et de son peuple", a-t-il lancé vendredi devant des centaines de cadres de la Zanu-PF réunis dans Harare.

"La tâche à laquelle nous devons nous atteler, c'est de reconstruire notre grande nation", a-t-il ajouté.

S'il a rendu, pour la forme, "hommage" à son prédécesseur, M. Mnangagwa a surtout dénoncé son bilan.

"Les règles idéologiques du parti ont été bafouées quotidiennement, (...) sa mobilisation n'était plus que de la coercition, ce n'était plus le parti auquel vous et moi avions promis fidélité", a déclaré le président.

"Nous devons tous revenir aux sources et réparer le parti", a-t-il insisté, casquette aux couleurs de la Zanu-PF sur la tête. "Le parti ne doit plus travailler dans son ancien moule. Il s'agit maintenant de parler politique et économie".

Depuis son investiture, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, surnommé le "Crocodile" pour son caractère impitoyable, a promis de sortir le pays de la crise, d'y créer des emplois et d'y faire revenir les investisseurs étrangers.

"J'ai conscience que les gens ont toujours des problèmes d'accès à l'argent qu'ils ont durement gagné (...) mon gouvernement demeure déterminé à régler les problèmes structurels qui en résultent", a-t-il dit vendredi.

- 'Elections libres' -

Victime de la crise et des sanctions internationales infligées à Robert Mugabe en représailles à ses violations des droits de l'Homme, le Zimbabwe se trouve au bord de l'asphyxie financière. Ses habitants sont contraints à d'interminables queues devant les banques pour en retirer quelques dollars et l'inflation galope.

M. Mnangagwa s'est également engagé à organiser, "comme prévu", les élections présidentielle et législatives en 2018. Elles seront "libres et justes", a-t-il assuré.

Les scrutins de l'ère Mugabe ont été largement entachés de fraudes et de violences contre des militants de l'opposition.

Sans surprise, le congrès de la Zanu-PF a confirmé que son nouveau président serait son candidat au scrutin de 2018. Il a également remodelé à sa main l'état-major du parti, en le purgeant des soutiens de l'ex-Premier dame Grace Mugabe.

Les généraux étaient intervenus le mois dernier pour empêcher Mme Mugabe de succéder à son mari. Elle venait d'obtenir le limogeage du vice-président Mnangagwa, largement considéré alors comme le dauphin du chef de l'Etat.

Parmi les nominations à la direction de la Zanu-PF annoncées vendredi figure celle d'un militaire, le général Engelbert Rugeje, au poste stratégique de commissaire politique.

M. Mnangagwa a déjà attribué les portefeuilles stratégiques des Affaires étrangères et de l'Agriculture de son premier gouvernement à deux généraux.

Malgré ses assurances, de nombreux opposants ou membres de la société civile doutent des promesses démocratiques du nouveau chef de l'Etat, qui s'est signalé comme un exécuteur appliqué des basses oeuvres répressives de l'ex-président Mugabe.

Ces nominations "confirment toutes nos craintes, la Zanu-PF se militarise et cela augure mal des prochaines élections", a commenté à l'AFP Takavafira Zhou, professeur de sciences politiques à l'université d'Etat de Masvingo (Zimbabwe).

"Il y a fort à parier que l'armée va jouer en rôle de soutien à la Zanu-PF lors de ce scrutin", a-t-il insisté, "et ils ne cèderont le pouvoir qu'à leur candidat préféré".

fn-rm-pa/jpc

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