Lundi 18 Décembre 2017

Grace et Robert Mugabe, la fable sexiste du paradis perdu

Grace et Robert Mugabe, la fable sexiste du paradis perdu
(Le Monde 05/12/17)
Grace et Robert Mugabe

La communicante Sarah-Jane Fouda conteste le récit qui fait porter à l’ex-première dame du Zimbabwe la responsabilité de la chute de son mari. Ainsi donc, Grace serait la raison de la chute de Robert Mugabe ? Je lis la presse. « Gucci Grace », « reine du shopping » et « trop ambitieuse première dame », en voulant prendre le pouvoir, aurait été « fatale à la carrière politique de son mari » ? Autrement dit, l’argument qu’avança l’armée, dès le début de la crise. Celui que reprirent les soutiens des « putschistes » et que relayaient les pancartes et les slogans des manifestants du 18 novembre, la retenue en moins : « Mugabe doit partir », « Non à la dynastie Mugabe », « Nous ne voulons pas être gouvernés par une putain ».

Je vous laisse juger de la profondeur de l’analyse qui veut qu’on en arriva là parce que Grace avait fait trop de shopping, et qu’elle couchait avec son mari. En deçà des titres accrocheurs, c’est bien l’histoire d’Adam et Eve, du paradis perdu, de la pomme et du péché originel que racontent ces chroniques de la fin des Mugabe.
Assoiffée de toute-puissance et de luxe

Quel message distille-t-on ? Héros révolutionnaire et père de l’indépendance, l’inamovible Robert jouit d’un pouvoir éternel jusqu’à ce la jeune Grace le séduise. Une ancienne « villageoise » – elle le revendique – assoiffée de toute-puissance et de luxe, malfaisante et bientôt maléfique. En proie à la tentation, Grace goûte au pouvoir puis pousse Robert à la faute, les faisant ainsi expulser du paradis de la présidence. Le « vieil Adam », la nouvelle Eve, le pouvoir éternel devenu mortel…

La trame narrative est connue, facile à mémoriser et suffisamment chargée en symbolique pour distraire efficacement les esprits. Le procédé se comprend pour qui veut manipuler l’opinion et la presse.

Quid alors, des ambitions des putschistes ? Des luttes au sein de la ZANU-PF ? De l’extrême longévité de Robert à la tête du pays ? De l’élimination méthodique de ses rivaux ? De sa lourde responsabilité dans la répression violente de l’opposition et de la presse ? De celle de son parti et de ses compagnons d’armes ? Que dit-on du pays paradis, de sa faillite économique, financière, sociale et politique ? De sa population affamée ou exilée ? De la corruption endémique et systémique ? Est-ce là l’Eden des Zimbabwéens ?

Non, la politique au Zimbabwe ne saurait se résumer en une fable simpliste, moralisatrice et misogyne sur les Africaines et le pouvoir. Après l’invention « de la transition assistée » et alors que la ZANU-PF expérimente « le changement dans la continuité », pourquoi perdre de vue le sujet ? Assistons-nous à la fin d’un régime ?

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