Vendredi 15 Décembre 2017

Épitaphe pour Mugabe

Épitaphe pour Mugabe
(Jeune Afrique 30/11/17)
Une photo d'Emmerson Mnangagwa, nouveau président du Zimbabwe

Le psychodrame aura duré du mercredi 15 au mardi 21 novembre, soit une semaine pleine. Avec pour théâtre Harare, capitale du Zimbabwe, et, dans le rôle du personnage principal, Robert Mugabe, 93 ans, dont cinquante comme, successivement, combattant de la liberté, Premier ministre et président-dictateur de son pays.

Les péripéties de ce psychodrame, ses rebondissements ont tenu en haleine beaucoup d’entre vous toute la semaine.

La démission de Robert Mugabe de ses fonctions de président de la République, au soir du 21 novembre, a été tardive. Les militaires, auteurs d’un coup d’État qui ne voulait pas dire son nom, l’ont obtenue au forceps. Mais elle referme le moins mal possible un interminable chapitre de l’histoire d’un pays africain de 16 millions d’habitants qui s’est considérablement appauvri sous la férule de Mugabe : son revenu annuel par tête est tombé au-dessous de 1 000 dollars, l’inflation est hors de tout contrôle et l’espérance de vie est l’une des moins élevées de l’Afrique et du monde.

« Compte tenu de son âge et de la durée de ses fonctions, même s’il est l’objet du respect et de l’adulation de beaucoup d’Africains, Robert Mugabe doit quitter le pouvoir. Mais dans la dignité. » Ce souhait du président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, a été satisfait.

Si Dieu lui prête vie, Robert Mugabe aura 94 ans en février prochain : il vient de quitter la scène et mérite donc une épitaphe politique.

Je vous donne ci-dessous la mienne, en m’efforçant de vous épargner ce que vous avez déjà lu ou entendu.

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1) Pourquoi le destin de Robert Mugabe a-t-il intéressé à ce point la majorité des Africains ? Pourquoi ont-ils voulu sa chute mais s’en sont émus ? Parce que ce libérateur, qui s’est mué en dictateur, plongeant ses concitoyens dans la misère, en en forçant un grand nombre à l’exil, leur rappelle par certains traits d’autres grands dirigeants qui ont laissé une trace.

Il y a en lui du Sékou Touré et du Nasser, qui ont été, comme lui, des hommes de rupture. Ils ont su se faire les hérauts de « non » retentissants, ont libéré leur pays du colonialisme et lui ont évité le néocolonialisme.

Ils ont été détestés et dénigrés par l’Occident, qui les a combattus, et applaudis par les « damnés de la terre ».

Tous les trois ont voulu mourir au pouvoir. Tous les trois ont échoué lamentablement sur le plan économique, laissant leurs concitoyens dans le dénuement et l’arriération.

Nous avons vu les Zimbabwéens se réjouir bruyamment du départ de Mugabe, persuadés qu’ils vont vers des lendemains qui chantent. Ils ignorent, les malheureux, que, dans le meilleur des cas et même s’il est très bien gouverné, leur pays mettra vingt ans à se relever et à retrouver le niveau de développement que la mauvaise gestion de Mugabe et de ses hommes lui a fait perdre.

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2) En Robert Mugabe, il y a aussi du Hosni Moubarak : président de l’Égypte pendant trente ans, ce dernier a perdu le pouvoir en 2011 parce que l’armée, qui l’y avait installé, n’a pas supporté l’idée qu’il fasse de son fils son successeur – et l’a lâché.

Au Zimbabwe, le général Constantino Chiwenga, chef de l’armée, a constaté que Robert Mugabe était devenu le jouet de sa femme. La révocation par Mugabe de son vice-président, Emmerson Mnangagwa, a été considérée par les militaires comme le geste de trop, qu’ils ne pouvaient ni supporter ni laisser passer.

Constantino Chiwenga et Emmerson Mnangagwa : deux noms à retenir, car ce sont les artisans de la chute de Mugabe et deux maîtres du Zimbabwe post-Mugabe. Mais, soyez-en sûrs, l’un écartera l’autre.

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