Mercredi 13 Décembre 2017

Après la sécheresse, le Zimbabwe fait face à une infestation par la légionnaire d’automne

Après la sécheresse, le Zimbabwe fait face à une infestation par la légionnaire d’automne
(IRIN 31/03/17)

La présence de la légionnaire d’automne a été signalée pour la première fois sur le continent africain il y a à peine an, mais cette chenille, qui doit son nom à son habitude de progresser en grand nombre, a déjà attaqué des centaines de milliers d’hectares de maïs dans une dizaine de pays africains. Elle constitue donc une grave menace pour la sécurité alimentaire.

Spodoptera frugiperda est un ennemi redoutable. Les pesticides ne sont efficaces que lorsque les larves sont très petites et qu’elles n’ont pas encore causé de dommages visibles sur les plantes cultivées. Après cela, il n’y a pas de solution miracle. Cet insecte nuisible peut entraîner jusqu’à plus de 70 pour cent de pertes de récoltes.

Suite aux sécheresses induites par le phénomène El Niño, quatre millions de Zimbabwéens ont eu besoin d’aide alimentaire pendant la campagne agricole 2015/2016. Cette année, les pluies abondantes avaient fait naître l’espoir d’une bonne récolte, mais cet espoir a été anéanti par les légionnaires d’automne qui ont attaqué les plantes de bon nombre d’agriculteurs.

Vavariro Mashamba, 51 ans, a une ferme dans le district de Karoi, au centre-nord du Zimbabwe. Il espérait récolter dix tonnes de maïs sur chacun de ses 20 hectares de terre mis en culture. Mais lorsqu’il a vu des trous irréguliers sur le feuillage de ses plantes et des chiures semblables à de la sciure près des verticilles et des feuilles supérieures, il a compris qu’il avait un problème. Il ne peut désormais espérer mieux qu’un rendement de six à sept tonnes par hectare.

« Au début, j’ai cru que c’était des chenilles légionnaires d’Afrique (Spodoptera exempta) qui attaquaient mes plantes. J’ai acheté du carbaryl, un pesticide, et j’en ai pulvérisé sur les plantes. Ça n’a rien changé. Au contraire, les vers ont continué à se multiplier dans mon champ », a-t-il dit à IRIN. Des experts du ministère de l’Agriculture ont visité sa ferme, mais il était trop tard pour éliminer les légionnaires d’automne (le mot « automne » renvoie aux habitudes alimentaires de cette chenille : en Amérique, d’où elle est originaire, c’est à la fin de l’été et au début de l’automne qu’elle cause le plus de dommages. Plus de détails ici). M. Mashamba a essayé différents pesticides, mais en vain.

Un problème répandu

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui a convoqué une réunion d’urgence à Harare au mois de février, jusqu’à 130 000 hectares de céréales pourraient déjà être infestés par la légionnaire d’automne au Zimbabwe, 90 000 hectares en Zambie, et 50 000 hectares en Namibie. En Afrique, leur présence a d’abord été signalée au Nigeria en janvier 2016 ; elle a ensuite été confirmée en Afrique du Sud, au Botswana, au Congo, au Ghana, au Kenya, au Malawi, en Ouganda, au Swaziland et au Togo.

Shingirayi Nyamutukwa, chef intérimaire de la protection des plantes au sein du Département de la Recherche et des Services spécialisés du gouvernement, a indiqué que les dix provinces du pays avaient signalé la présence de la chenille, mais qu’il était difficile d’établir l’ampleur des dommages pour la production à ce moment-là, car les plantes cultivées étaient à différents stades de développement.

« En octobre dernier, nous avons commencé à recevoir des rapports indiquant que des insectes nuisibles causaient des dommages aux plantes cultivées dans la province du Matabeleland septentrional » a dit M. Nyamutukwa, en avertissant qu’une grande partie des 1,3 million d’hectares consacrés à la culture du maïs dans le pays étaient potentiellement menacés.

Le directeur du Syndicat des agriculteurs du Zimbabwe, Paul Zacariya, a dit que le pays n’était pas préparé à l’arrivée des légionnaires d’automne. « Les agriculteurs n’ont reçu aucune information, aucune alerte pour les prévenir de la présence des ravageurs. Ainsi, bon nombre d’agriculteurs n’étaient pas en mesure d’identifier les insectes nuisibles, et ils n’avaient pas les connaissances et les compétences requises pour limiter les dommages causés », a-t-il expliqué à IRIN.

La sécurité alimentaire menacée

Soulignant la résistance acharnée aux méthodes d’éradication disponibles, David Phiri, le Coordonnateur sous-régional de la FAO pour l’Afrique australe, a dit craindre que « les insectes nuisibles ne soient pas près de disparaître ». « Les coûts et les conséquences d’un tel scénario sont très importants, ainsi que nous avons pu le constater dans les régions où ces insectes sont endémiques, comme au Brésil, où la lutte contre les nuisibles coûte au gouvernement plus de 600 millions de dollars par an », a-t-il mis en garde. « Les conséquences pour les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire sont aussi trop graves pour être envisagées, et des évaluations doivent être réalisées pour établir les dommages causés ».

Sécheresse en Afrique : les conséquences pour 2017
Lors de la réunion d’urgence, la FAO a préconisé une intervention au niveau national dans le cadre du programme régional de gestion intégrée de la légionnaire d’automne. « Nous travaillons d’ores et déjà avec nos autres partenaires. Nous sommes prêts à aider les pays à réaliser les évaluations nécessaires afin de mieux comprendre l’ampleur et l’intensité de la menace posée par les légionnaires d’automne dans la région », a dit M. Phiri.

Commentaires facebook