Lundi 23 Octobre 2017

Tunisie - Moez Kacem : "Le grand bradage du all inclusive a été fatal"

Tunisie - Moez Kacem : "Le grand bradage du all inclusive a été fatal"
(Le Point 21/08/17)

Malgré une hausse des entrées sur le sol tunisien, au premier semestre 2017, de 29 % (en baisse de 3,5 % par rapport à l'année de référence 2014, pré-attentats), les recettes n'augmentent pas... Une anomalie qui prive la Banque centrale de devises, le stock n'étant plus que de 92 jours au 8 août 2017. Depuis des décennies, on explique en haut lieu que le tourisme est un pilier de l'économie nationale sans lequel le pays ne pourrait survivre. Moez Kacem, expert en tourisme, s'amuse des chiffres diffusés par les autorités : « On parle de 7 % du PIB, 12 %, voire 17 %... » Il constate la difficulté « d'obtenir des chiffres fiables pour les professionnels, chiffres détaillés que l'on peut analyser, disséquer." Le WTTC (World Travel & Tourism Council) chiffre « à 5,2 % le poids direct du tourisme dans le PIB ». En 2010, il y contribuait pour 7 %. Ce quadra qui « aime le terrain », mener des « missions notamment en Afrique », s'est confié au Point Afrique.

Le Point Afrique : Assiste-t-on à une réelle reprise du tourisme tunisien ?

Moez Kacem : Si tous les indicateurs touristiques présentés affichent une hausse à deux chiffres, il faut les relativiser, 2016 ayant été une année noire. La reprise européenne, pourvoyeuse de devises, est en hausse, mais à des niveaux insuffisants. Cela prendra du temps pour récupérer cette clientèle. Et nécessitera une diversification de l'offre. À savoir des campings, des B&B, des gites ruraux, des transports terrestres de qualité à l'intérieur de tout le pays, une lutte contre l'insalubrité (la saleté qui envahit les rues est une très mauvaise publicité)... La décentralisation qui sera l'enjeu des premières élections municipales démocratiques permettra d'adopter un développement territorial, faire que chaque mètre carré soit potentiellement touristique, doter chacune des municipalités d'un monsieur tourisme. Ce qui pourra être une formidable bouffée d'air pour le secteur.

Le all inclusive n'est-il pas un modèle obsolète ?

La Tunisie vit la même situation que le Maroc : le all inclusive a été vulgarisé au niveau de tous les hôtels, même les 4/5 étoiles, ce qui a causé une crise structurelle avec une diminution des recettes par touriste. Un phénomène qui a été imposé par les tour-operator dans les années 2000. En 2016, les recettes moyennes par nuitée s'élevaient à 182 dinars (65 €). Après les attentats du Bardo et de Sousse, en mars et juin 2015, le PDG de Thomas Cook n'hésitait pas à énoncer que la Tunisie n'était plus une destination touristique. Propos revus et corrigés en juillet 2017 après que les autorités britanniques ont levé les restrictions de sécurité. Mais la plupart des TO ont déjà imprimé leurs catalogues, on n'en verra les effets qu'en 2018. L'un des géants du secteur, TUI (qui regroupe les marques Marmara, Riu, Nouvelles Frontières…, NDLR), a indiqué n'avoir aucun plan pour retourner en Tunisie malgré la levée desdites restrictions.

Lire sur: http://afrique.lepoint.fr/economie/moez-kacem-le-grand-bradage-du-all-in...

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