Mercredi 17 Janvier 2018

Tunisie : « La contestation actuelle est un rappel à l’ordre des engagements pris durant la révolution »

Tunisie : « La contestation actuelle est un rappel à l’ordre des engagements pris durant la révolution »
(Le Monde 12/01/18)

En février 2011, la « révolution du jasmin » en Tunisie a fait chuter le dictateur Ben Ali, et a marqué le début de la séquence historique dite du « printemps arabe ». Aujourd’hui, le pays est fortement secoué par des troubles sociaux. Comment expliquer cette nouvelle contestation sociale ? Remise en perspective historique avec Béligh Nabli, directeur de recherches à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), cofondateur du site Chronik et spécialiste de la Tunisie.

Ce n’est pas la première fois qu’une vague de contestation secoue la Tunisie depuis la révolution de 2011. Ces regains de tensions réguliers sont-ils le symptôme d’une crise profonde ?

Béligh Nabli : Depuis le soulèvement populaire, né en décembre 2010, la chute de Ben Ali et la transition démocratique qui s’en est suivie, la Tunisie n’a jamais véritablement connu d’état de grâce. Si la situation sécuritaire s’est globalement améliorée – l’état d’urgence est en vigueur depuis novembre 2015 et la dernière attaque de grande ampleur remonte à mars 2016 –, la Tunisie vit sous une tension politique et sociale continue, bien que latente et diffuse.

Jusqu’à présent, on assistait à des crises liées à des réalités locales, qui donnaient lieu à des manifestations ou à des mobilisations et des grèves sporadiques. On peut citer la crise sociale de fin 2016, qui avait déjà donné lieu à des manifestations contre le fléau du chômage frappant une jeunesse — y compris diplômée — désœuvrée, et qui avait conduit les autorités à décréter un couvre-feu nocturne dans tout le pays.

La succession et la démultiplication de ces manifestations traduit un mal plus profond, plus global, qui fait écho au sentiment qui s’était déjà exprimé au moment de la révolution. L’appel à « la dignité » est toujours à l’ordre du jour…

Le mouvement actuel se différencie-t-il des précédents ?

Nous assistons à un mouvement d’une ampleur et d’une intensité plus importantes. La tension et la contestation sociales semblent avoir atteint un niveau paroxystique, un point de rupture. Ce mouvement s’est cristallisé autour de l’adoption de la loi de finances 2018. Celle-ci prévoit l’augmentation de la TVA et donc du coût de la vie, mais aussi la création de nouvelles taxes. Le gouvernement amplifie sa politique d’austérité, alors que le pays est déjà marqué par une inflation galopante, qui a dépassé 6 % fin 2017.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/international/article/2018/01/12/tunisie-la-contes...

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