Dimanche 20 Août 2017

Malgré le dépit des Tunisiens, partis et politiques tracent leur route

Malgré le dépit des Tunisiens, partis et politiques tracent leur route
(Le Point 10/08/17)

24 heures après le début des vacances parlementaires, on assistait au top départ de la campagne électorale de 2019. Le 1er août, le patron du parti islamiste Ennahda apparaissait en prime time sur le plateau de la chaîne privée Nessma (dont le fondateur, Nabil Karoui, est un ami intime du président de la République). Rached Ghannouchi y affichait un nouveau style vestimentaire. Fini la jebba, ce vêtement traditionnel, fini les costumes sans apprêt : le « Cheikh » de Montplaisir, le QG de son parti, avait été relooké par des communicants. Un style très présidentiable, des souliers aux lunettes. Pendant plus d'une heure, le septuagénaire a délivré de très nombreux messages politiques. Il a enjoint le chef du gouvernement de « ne s'occuper que de la gestion des affaires courantes de la Tunisie, à savoir améliorer les indicateurs économiques, l'organisation d'élections municipales, locales (prévues le 17 décembre prochain) puis législatives et présidentielle (octobre et décembre 2019) ». Il a très clairement placé Youssef Chahed au rang de technocrate chargé de gérer le pays, le priant de se tenir à l'écart de la future élection présidentielle. Une sortie à laquelle Chahed n'a pas répondu.

Si Ghannouchi a quitté sa jebba, Béji Caïd Essebsi a revêtu la sienne en une du mensuel Leaders. L'entretien, effectué le 25 juillet, jour de l'anniversaire de la République, aborde la situation politique, la corruption, son « partenariat » avec les islamistes et la présidentielle de 2019. À mi-mandat, BCE constate qu'il « faudrait que le paysage politique reprenne ses couleurs et favorise un meilleur équilibre qui [lui] semble aujourd'hui rompu ». Et d'évoquer la crise au sein de Nidaa Tounes, créé pour lui, aujourd'hui synonyme de zizanie et dirigé par son fils, Hafedh. Concernant 2019, BCE aura alors 93 ans, l'homme ne ferme aucune porte. En politique avisé, il laisse planer le doute tout en ironisant « qui vous dit que je serai encore parmi vous ? » Et d'une dague chatoyante : « chaque décision sera prise en son temps ». Celui qui a habilement contraint la plupart des partis à soutenir un gouvernement d'union nationale, en place depuis onze mois, mené par Youssef Chahed, observe tels « des petits chevaux » le tohu-bohu politique tunisien. Le divorce entre les politiques et les citoyens est aujourd'hui violent. Les inscriptions sur les listes électorales pour les municipales de décembre sont très faibles malgré une campagne volontariste de l'ISIE. Et l'abstention risque d'être une fois plus la première force politique du pays.

Lire sur: http://afrique.lepoint.fr/economie/malgre-le-depit-des-tunisiens-partis-...

Commentaires facebook