Vendredi 19 Janvier 2018

A Hammam Lif, le désarroi des Tunisiens victimes de la vie chère

A Hammam Lif, le désarroi des Tunisiens victimes de la vie chère
(Le Monde 12/01/18)

L’échoppe est située entre un citronnier et une mosquée, à deux pas de la voie ferrée menant à Tunis. Hammam Lif est comme une lointaine banlieue de la capitale, mais ces vingt kilomètres de distance importent au fond assez peu. Dans la Tunisie gagnée par la fièvre sociale, la colère n’a plus de géographie, elle enjambe les cols comme les bretelles d’autoroute pour se loger jusqu’à la sandwicherie de Saïda Dellai, précieux baromètre des humeurs nationales. Foulard rose chutant sur sa blouse blanche, la patronne n’a rien d’une conjurée, elle est trop occupée à veiller sur ses bacs en aluminium emplis de laitues, d’œufs, d’oignons et de salami de dinde, garnitures qui viendront farcir le mlaoui, le pain feuilleté tunisien. Mais, quand Saïda Dellai dit que « les jeunes ont raison de se révolter car personne ne les écoute », on comprend alors que les turbulences sociales qui secouent la Tunisie depuis la deuxième semaine de janvier sont assurément une affaire sérieuse.

Hammam Lif n’est pas épargné. Ici aussi les soirées sont chaudes, émaillées de heurts entre forces de l’ordre et manifestants qui protestent contre la vie chère et Saïda Dellai prie pour que le drame de Tebourba (35 km à l’ouest de Tunis), où un jeune a été tué mardi 9 janvier, ne se reproduise pas à ses portes. Elle abhorre la violence, d’où qu’elle vienne, et son soutien au mouvement s’accompagne d’une condition : « Il ne faut pas voler, il ne faut pas casser. » Pour le reste, elle est de tout cœur avec les protestataires car « le fossé entre les dirigeants qui s’arrogent des privilèges et le peuple qui souffre » lui apparaît insoutenable.

« Quand on a faim, on est capable de bien des choses »
La cherté de la vie, ce poison qui mine le quotidien au point d’entacher à ses yeux le bilan de la révolution de 2011, Saïda Dellai en parle avec volubilité, un luxe de détails à la mesure de son désarroi. Comment peut-elle survivre avec le revenu mensuel de sa sandwicherie – environ 300 dinars, soit 100 euros – quand le bail commercial se hisse déjà à 420 dinars (140 euros) et qu’il faut payer en outre le loyer de l’appartement familial (380 dinars), les études des deux enfants, les dépenses alimentaires, etc. ? Certes, son mari, Hassid Messai, tête emmitouflée dans un bonnet de laine, rajoute au pot familial autour de 580 dinars, salaire de son emploi d’ouvrier dans une usine de fabrication d’échafaudages.

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