Jeudi 14 Décembre 2017

En Tunisie, l’enquête sur l’attaque du musée du Bardo entachée par les controverses

En Tunisie, l’enquête sur l’attaque du musée du Bardo entachée par les controverses
(Le Monde 20/03/17)
Des militaires devant le musée du Bardo, en mars 2015, lors d’une manifestation contre le terrorisme.

Torture de suspects qui seront relaxés, querelles intestines au sein de la police : deux ans après l’attentat terroriste, les avocats des victimes françaises critiquent l’enquête.

A sa manière, l’affaire est un miroir des tensions propres à la transition tunisienne. Deux ans après l’attaque terroriste à Tunis contre le musée du Bardo, l’enquête n’en finit pas de soulever des interrogations, voire un malaise. Le 18 mars 2015, deux jeunes djihadistes tunisiens armés de kalachnikovs avaient fait irruption dans ce haut lieu de la mémoire du pays, très fréquenté des touristes, et y semèrent la mort – 21 visiteurs étrangers et un policier – avant d’être eux-mêmes abattus par les forces de sécurité.

Procès dans les prochains mois

Revendiqué par l’organisation Etat islamique (EI), l’attentat avait traumatisé la Tunisie, dont le fragile modèle démocratique, seul rescapé de la vague des révolutions arabes de 2011, était clairement visé. Un peu plus de trois mois plus tard, le pays sera à nouveau ensanglanté par une attaque similaire contre une station balnéaire près de Sousse, où 38 touristes étrangers – dont trente Britanniques – seront assassinés. En novembre 2016, le juge d’instruction saisi de l’affaire du Bardo a officiellement clos l’enquête, transmettant le dossier à la chambre d’accusation, qui devrait se prononcer sur le renvoi en procès. Sauf coup de théâtre, ce dernier pourrait se tenir dans les prochains mois. Selon des sources judiciaires, une vingtaine de prévenus devraient comparaître.

En France, les avocats des victimes ou de leurs familles (quatre ressortissants français ont été tués et six blessés) ne cachent pas leur dépit devant la manière dont ils ont été informés de l’instruction. « Une immense déception », dit Pauline Manesse, dont le cabinet représente une trentaine de victimes. « On a voulu croire en la justice tunisienne, faire confiance à cette démocratie naissante et lui laisser du temps, ajoute-t-elle. Il est normal que les Tunisiens conduisent les opérations – enquête et procédure judiciaire – mais ils auraient dû rendre compte de leurs avancées à la justice française. Or le dossier français est squelettique. Il a fallu attendre un an et demi pour recevoir des procès-verbaux d’interrogatoires, qui plus est, arrivés en arabe ». « Les victimes ne comprennent pas : aucune autorité ne joue le jeu de la transparence, poursuit-elle. Elles ont un sentiment d’abandon ».

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