Jeudi 17 Août 2017

Rwanda : « Grâce à RapidSMS, la mortalité infantile est tombée à 31 pour 1 000 naissances »

Rwanda : « Grâce à RapidSMS, la mortalité infantile est tombée à 31 pour 1 000 naissances »
(Le Monde 11/08/17)

Cette application de télémédecine, qui permet le partage de données par des agents communautaires, a sauvé la vie de 590 000 bébés entre 2009 et 2015. Dans son petit bureau situé au deuxième étage du ministère rwandais de la santé, Eric Gaju dirige un département pionnier en matière de santé connectée. Depuis 2009, il coordonne l’initiative RapidSMS, la première application africaine d’e-santé à avoir durablement inversé les chiffres de la mortalité infantile et maternelle d’un pays tout entier. Une sorte de « M-Pesa » de la santé (le système d’argent mobile d’origine kényane est utilisé par près de 30 millions de personnes), qui a sauvé la vie de 590 000 bébés rwandais entre 2009 et 2015, selon un décompte établi en 2016 par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).

Comment a démarré le projet RapidSMS ?

Eric Gaju En 2009, le taux de mortalité des bébés rwandais de moins de 1 an était très important, de l’ordre de 47 décès pour 1 000 naissances vivantes. Constatant l’essor rapide du taux de pénétration mobile, y compris dans les collines les plus reculées, le ministère de la santé a décidé d’expérimenter la pratique de la télémédecine en partenariat avec l’Unicef, en vue d’abaisser notre taux de mortalité au niveau de la moyenne internationale. L’Unicef a mis à la disposition de notre ministère des consultants spécialisés en e-santé pour nous aider à développer un premier prototype en partenariat avec des entreprises technologiques rwandaises. L’objectif poursuivi était de permettre à des agents communautaires recrutés dans les villages de signaler par SMS tous les cas de grossesses à risques aux hôpitaux les plus proches.

Où avez-vous démarré les tests ?

Nous avons démarré nos premiers tests dans plusieurs villages isolés du district de Musanze, qui se trouve dans une région enclavée du nord du Rwanda. Il y a là-bas de nombreuses collines et il est très difficile pour les habitants d’avoir accès à des soins médicaux. Nous nous sommes dit que si RapidSMS parvenait à réduire les mortalités infantile et maternelle dans ce district, nous pourrions alors répliquer cette technologie dans toutes les régions du Rwanda. Après six années d’expérimentation suivie d’un passage à l’échelle à l’ensemble du pays, RapidSMS a fait tomber à 31 le nombre de décès pour 1 000 naissances vivantes en 2015, soit juste en dessous de la moyenne internationale.

Comment les agents communautaires utilisent-ils cette application ?

Le ministère de la santé recrute dans chaque village trois agents communautaires – généralement deux femmes et un homme – qui sont entraînés à reconnaître et à signaler par SMS les signaux avant-coureurs de complications chez les femmes de 15 à 49 ans en âge de procréer. Les agents travaillent en coordination et s’échangent des informations entre eux. Chaque problème est identifié puis signalé aux services d’urgence ou au médecin d’un hôpital voisin qui peut alors intervenir. Les agents communautaires se voient remettre une liste de codes sous la forme d’acronymes qui correspondent aux différents types d’affections à signaler au plus vite : hémorragie, fièvre, malnutrition… Ainsi, le shortcode RED, par exemple, signifie que la patiente se trouve dans une situation d’urgence vitale. Le shortcode NP, pour « No Problem », permet de constater que la grossesse se déroule dans de bonnes conditions.

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