Samedi 18 Novembre 2017

Niger – Mahamadou Issoufou: « Entre les terroristes et nous, c’est une lutte à mort »

Niger – Mahamadou Issoufou: « Entre les terroristes et nous, c’est une lutte à mort »
(Jeune Afrique 14/02/17)
Mahamadou Issoufou, président nigérien

Menaces sécuritaires, chute des cours des matières premières, crise libyenne, Trump… Réélu en mars, le chef de l’État s’est confié à Jeune Afrique, en marge du dernier sommet de l’UA, sur les défis majeurs auxquels il est confronté.

Jeune afrique : Le Maroc fait son grand retour au sein de l’Union africaine (UA), mais, lors de ce 28e sommet, les échanges ont été houleux…

Mahamadou Issoufou : C’est normal, puisque tout l’enjeu était de parvenir à prendre une décision. Mais la majorité des pays membres ont estimé que le Maroc ne posait aucune condition à son retour, puisqu’il avait souscrit aux dispositions de l’acte constitutif de l’UA, et que le moment était venu. Cela a été un moment historique pour la grande famille africaine.

A-t-il fallu rassurer la République arabe sahraouie démocratique (RASD), ainsi que ses soutiens, sur le fait qu’elle ne serait pas exclue de l’UA ?

C’est un autre débat, qui devra être réglé par les instances de l’UA. Mais je rappelle que le Maroc a souscrit à l’acte constitutif de l’UA, une organisation dont la RASD est un membre fondateur.

L’armée nigérienne est engagée sur tous les fronts : aux côtés du Nigeria, du Cameroun et du Tchad contre Boko Haram, mais aussi aux côtés du Burkina Faso et du Mali contre les jihadistes, sachant qu’elle doit également composer avec les conséquences de la crise libyenne… Le Niger a-t-il les moyens, militaires et financiers, d’être à ce point omniprésent ?

Ce qui est sûr, c’est que le capital est lâche et que, si nous voulons que les investisseurs restent, il faut les rassurer. C’est pour cela que la sécurité est une priorité et que nous y consacrons 10 % de nos ressources. Cela dit, nous sommes bien conscients que nous ne pouvons pas lutter seuls et que nos voisins et nous devons mutualiser nos efforts. Ensemble, nous allons mettre en place une force mixte multi­nationale, à laquelle participeraient les membres du G5 Sahel [Tchad, Niger, Mali, Burkina Faso et Mauritanie], sur le modèle de ce que nous avons déjà fait avec les pays du bassin du lac Tchad. Cette force travaillera en coordination avec les Casques bleus de la Minusma et avec la force française Barkhane.

Diriez-vous que l’élection de Muhammadu Buhari au Nigeria a infléchi la lutte contre Boko Haram ?

Le président Buhari est très déterminé et, si la force mixte fonctionne aujourd’hui, c’est aussi grâce à l’appui financier du Nigeria. J’ajoute que, sur le terrain, tous les jours, l’armée nigériane combat Boko Haram et que cela l’a affaibli et divisé. Ce n’est pas un hasard s’il existe aujourd’hui deux factions rivales : celle d’Abubakar Shekau, d’une part, et celle de Mamman Nur et d’Abou Mosab al-Barnaoui, d’autre part.

Le mandat de la Minusma a été renforcé, ainsi que vous le demandiez. Êtes-vous satisfait ?

Il a été renforcé sur le papier, mais pas dans les faits. Nous avons demandé à Antonio Guterres, le nouveau secrétaire général de l’ONU, de faire en sorte qu’elle ait l’équipement nécessaire pour assumer un mandat plus offensif. Plus largement, il faut réfléchir à ce que l’on attend des missions de maintien de la paix. La paix, on la maintient quand elle existe, mais les menaces ont changé de nature et, entre les terroristes et nous, il n’y a pas de paix possible. C’est une lutte à mort.

Dans une enquête diffusée fin janvier et consacrée à la libération des otages d’Arlit, en octobre 2013, l’émission française « Envoyé spécial » suggère qu’une partie de la rançon versée aux ravisseurs a été détournée. C’est ce qui aurait poussé Aqmi à se venger en exécutant, quelques jours plus tard, deux journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Qu’en dites-vous ?

Je ne pense pas que les deux affaires soient liées. Je ne souhaite pas non plus m’ingérer dans les questions franco-françaises.

Mais le Niger a joué un rôle important dans la libération des otages…

Oui, mais je n’ai aucun élément permettant d’étayer la thèse que vous évoquez.

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