Lundi 25 Septembre 2017

Mauritanie, “la justice aux ordres” du président Aziz

Mauritanie, “la justice aux ordres” du président Aziz
(MondAfrique 12/09/17)
Palais de justice de la Mauritanie

Placé sous contrôle judiciaire dans le cadre de "l’affaire Ould Ghadda", du nom d'un sénateur mauritanien inculpé de corruption, notre ami Ahmed Ould Cheikh, directeur de Publication du Calme, n'hésite pas à dénoncer revient sur la procédure judiciaire enclenchée contre des journalistes, hommes d’affaires, syndicalistes et sénateurs.

En Mauritanie rectifiée, donner ne se conjugue à aucun temps. Pire, c’est désormais assimilé à une corruption insolite sans passe-droit en contrepartie. Pour avoir connu ce « dangereux » mécène qu’est Mohamed Ould Bouamatou, trois journalistes et la directrice d’un site web se sont ainsi vus traînés devant la justice.

Longs interrogatoires, par la police chargée des crimes et délits financiers, sur la ligne éditoriale de leur organe de presse respectif, les sujets évoqués, leurs liens supposés avec Ould Bouamatou, l’ancien patron des patrons mauritanien aujourd’hui en exil au Maroc, et son adjoint Mohamed Ould Debagh, les aides reçues de leur part…

Alors qu’ils ne sont ni accusés (pour le moment) ni témoins dans une quelconque affaire, les journalistes, dont le ton critique vis-à-vis du pouvoir actuel dérange apparemment beaucoup, sont passés sur le gril, de longues heures durant.

Une mascarade générale

Mais ils ne seront pas les seuls à être impliqués dans cette mascarade aux relents politiques manifestes. Après Ould Ghadda, le sénateur récemment kidnappé dans un premier temps puis placé en garde à vue, plusieurs de ses pairs et deux syndicalistes sont, à leur tour, interpellés et interrogés par la police économique.

Avec toujours en ligne de mire, Ould Bouamatou. Tout ce beau monde – sauf la cible principale, toujours exilée au Maroc ou ailleurs – se retrouve au tribunal de Nouakchott, le jeudi 31 Août, au matin, pour être présenté au Parquet. Commence alors un long processus qui ne s’achèvera que le lendemain matin à 7 heures.

Le procureur de Nouakchott-Ouest, qui a hérité de la patate chaude, requiert un mandat de dépôt contre Ould Ghadda, El Maalouma mint Meidah, l’icône de l’opposition et sénatrice frondeuse et le sénateur de Magta Lahjar ; des mandats d’arrêt, contre Ould Bouamatou, Ould Debagh et neuf sénateurs absents ; des placements sous contrôle judiciaire, à l’encontre des journalistes et syndicalistes.

Le pool de juges, à qui le dossier est envoyé, ne suit cependant pas exactement le Parquet dans ses réquisitions tout au moins celles qui sont écrites. Il place les deux sénateurs présents sous contrôle judiciaire, décerne des mandats d’amener contre les sénateurs absents mais maintient les deux mandats d’arrêt internationaux contre les deux hommes d’affaires en exil.

Une véritable bouffonnerie qui, n’hésitent pas à dire des observateurs judiciaires, démontre, si besoin est, que la justice est, plus que jamais, aux bottes d’un exécutif déterminé à l’utiliser pour régler ses propres comptes ! Instrumentalisation de la justice à des fins politiques partisanes, soutiennent avec plus de retenue les avocats de la défense.

Sinon, comment expliquer qu’on puisse traîner autant de monde avec une si grande célérité devant des juges, pour avoir seulement bénéficié de la générosité d’un homme, qui a apporté un appui à une presse libre encore en construction et à des syndicats dépourvus de ressources ?

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