Mardi 25 Juillet 2017

Maroc: nouvelle mobilisation dans la ville d'Al-Hoceïma

Maroc: nouvelle mobilisation dans la ville d'Al-Hoceïma
(AFP 19/05/17)
Des manifestants se dirigeant ce jeudi vers la Place des martyrs à Al Hoceima pour la marche générale.

Une nouvelle manifestation s'est déroulée vendredi après-midi à Al-Hoceïma, ville de la région du Rif, dans le nord du Maroc, théâtre depuis des mois d'un mouvement de contestation populaire, a-t-on appris de sources concordantes.

Aux cris de "Vive le Rif", "non à la militarisation", ou dénonçant la "corruption" de l'Etat, des milliers de personnes se sont rassemblées en fin d'après-midi sur la place du centre-ville, selon des images diffusées en direct sur les réseaux sociaux.

"Etes-vous un gouvernement ou un gang?", proclamait une banderole, en forme de principal mot d'ordre du jour.

Soulignant le caractère "pacifique" de leur lutte, les manifestants, dont certains brandissaient des drapeaux amazigh ou de l'éphémère république du Rif proclamée dans les années 1920, ont ensuite marché dans la ville, avant de se rassembler de nouveau sur la place principale où le leader du mouvement, Nasser Zefzafi, a longuement harangué la foule.

Celui-ci a dénoncé pêle-mêle la "corruption" de l'exécutif et des politiciens locaux, les "mafias" locales, "l'esprit de répression" de l'Etat et de ses services de renseignement qui "manipulent les institutions", la "présence massive" des militaires dans la ville, le "sous-développement" de la région, le nouveau gouvernement islamiste...

S'en prenant au gouverneur local, il a une nouvelle fois rejeté les accusations de séparatisme, exigé la "libération" de militants de sa mouvance et la "démilitarisation" de la province, citant au passage des versets du Coran, alors que des jeunes filles ont psalmodié des prières en conclusion de son discours.

Le rassemblement s'est déroulé sans incident, et s'est dispersé vers 22H00 locale (21H00 GMT), selon des sources concordantes.

Les protestataires étaient près de 5.000, dont la moitié était des mineurs et une majorité venait de l'extérieur de la ville et même de la province, selon les autorités locales. Interrogé par l'AFP, un proche de Zefzafi a affirmé qu'ils étaient "jusqu'à 200.000".

Un mouvement de "grève générale" annoncé pour ce vendredi a été diversement suivi, selon plusieurs médias marocains, qui ont fait état de l'arrivée - photos à l'appui - d'importants renforts des forces de l'ordre ces derniers jours dans et autour de la ville.

Dans la région du Rif, réputée frondeuse et conservatrice, la province d'Al-Hoceïma est le théâtre de manifestations récurrentes depuis la mort fin octobre 2016 d'un vendeur de poisson, broyé accidentellement dans une benne à ordures.

L'incident avait suscité l'indignation dans le pays, qui a pris la forme à Al-Hoceïma d'un mouvement plus social et politique. Mené par un groupe d'activistes locaux, le "hirak" (la mouvance) pose de nombreuses revendications pour le développement du Rif, qu'il estime marginalisé.

L'Etat de son côté met en avant les importants efforts financiers consentis ces dernières années, et a multiplié les annonces en faveur de l'économie locale.

Le ton s'est néanmoins durci ces dernières semaines. Via les réseaux sociaux, les activistes du "hirak" ont multiplié les paroles de défiance et les harangues contre la "répression" du pouvoir, tandis que l'exécutif a dénoncé les "intox" des militants et annoncé une prochaine riposte judiciaire.

La situation à Al-Hoceïma a été débattue "de manière profonde" jeudi au cours d'un Conseil de gouvernement, avec un exposé du ministre de l'Intérieur, a par ailleurs rapporté l'agence officielle MAP.

Le gouvernement a à cette occasion réaffirmé sa volonté de répondre aux "revendications légitimes des citoyens", tout en "préservant la sécurité" et en faisant preuve de "vigilance à l'égard de certains comportements qui visent à créer un climat de blocage sociale et politique".

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