Jeudi 19 Octobre 2017

Liberia: la pression monte autour de l'annonce de premiers résultats de la présidentielle

Liberia: la pression monte autour de l'annonce de premiers résultats de la présidentielle
(AFP 12/10/17)
Les responsables électoraux comptent les bulletins de vote sous la lanterne à la fin du scrutin dans un bureau de vote à Monrovia, au Libéria, le mardi 10 octobre 2017.

Les premiers résultats de la présidentielle au Liberia, qui désignera le successeur d'Ellen Johnson Sirleaf, première femme élue chef d'Etat en Afrique, se faisaient encore attendre jeudi, 48 heures après le vote, la Commission électorale appelant à la patience et au calme.

Après le vote de mardi, marqué par une forte participation, l'incertitude perdurait notamment sur la tenue d'un éventuel second tour, qui sera organisé si aucun des 20 candidats ne l'emportait dès le premier.

La commission électorale a renoncé à donner mercredi comme prévu de premiers résultats, invoquant des défaillances en matière d'organisation, mais promettait "de premiers résultats provisoires" lors d'une conférence de presse jeudi à 17H00 GMT.

Les deux favoris, le sénateur George Weah, légende du football africain, battu par Mme Sirleaf au second tour en 2005 puis comme candidat à la vice-présidence en 2011, et le vice-président sortant, Joseph Boakai, semblaient néanmoins se détacher, selon des résultats partiels provisoires diffusés par les radios.

Mais la commission électorale a réaffirmé jeudi qu'elle était le seul organe habilité à publier des résultats, mettant en garde contre la diffusion d'informations non validées.

Son président, Jerome Korkoya, avait reconnu mercredi que certains agents électoraux avaient fourni des indications erronées dans les files d'attente.

Après le chef des observateurs de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), l'ancien président ghanéen John Dramani Mahama, la mission d'observateurs de l'Union européenne a constaté les mêmes difficultés, qui ont parfois conduit "des gens à quitter le bureau sans avoir voté", a indiqué la chef de cette mission, la Belge Maria Arena.

"Pour que le résultat final soit crédible, les autorités libériennes devront faire preuve de la plus grande transparence sur le traitement des résultats, des bureaux de vote à leur validation", a-t-elle prévenu.

Le Centre Carter, qui a fait des observations similaires, souligne en outre dans un communiqué que "la publication rapide des résultats est un bon moyen d'instaurer la confiance dans l'électorat et de prévenir la confusion et la tension", invitant la Commission électorale à les annoncer dès que possible.

- Menace de recours -

L'ensemble des observateurs exhortent les candidats à porter tout contentieux devant la justice. La Cour suprême a indiqué cette semaine qu'elle siégerait pendant la période post-électorale pour examiner d'éventuels recours.

D'éventuelles contestations pourraient notamment venir de l'avocat et vétéran de la politique Charles Brumskine ou d'Alexander Cummings, ancien dirigeant de Coca-Cola pour l'Afrique, entre lesquels devrait se jouer la troisième place, selon les experts, et qui espèrent se qualifier pour un second tour.

Le parti de M. Brumskine s'est dit dans un communiqué "profondément troublé par la découverte de nombreux incidents, d'irrégularités" pendant le scrutin, appelant la commission électorale à différer toute annonce de résultats, menaçant de saisir la justice dans le cas contraire.

Après les Etats-Unis, historiquement liés à la plus ancienne république d'Afrique, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a "salué la tenue pacifique du scrutin" et félicité les Libériens pour s'être rendus aux urnes "en grand nombre et avec enthousiasme".

Outre leur futur chef de l'Etat, les plus de deux millions d'électeurs de ce petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest ont voté pour renouveler les 73 sièges de la Chambre des représentants. Les législatives ne comportent qu'un seul tour.

Mardi, la présidente sortante, qui ne pouvait plus se représenter après deux mandats de six ans, a estimé que le Liberia était "prêt pour la transition", la première d'un dirigeant élu à un autre dans ce pays "depuis trois générations".

Mme Sirleaf, prix Nobel de la paix 2011, avait déjà appelé lundi les Libériens à mesurer "le chemin parcouru" depuis la guerre civile qui a fait quelque 250.000 morts entre 1989 et 2003.

L'économie a stagné entre 2014 et 2016, affectée par l'épidémie d'Ebola et la chute des cours des matières premières.

Pour redresser économiquement le pays, chacun des candidats a insisté sur une recette simple: le développement des routes pour M. Boakai, de l'agriculture pour le magnat des télécommunications Benoni Urey, de l'éducation et de la formation professionnelle pour MM. Weah et Cummings.

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