Mardi 12 Décembre 2017

Les méthodes très spéciales des traders suisses et russes pour obtenir le pétrole des Sassou-Nguesso

Les méthodes très spéciales des traders suisses et russes pour obtenir le pétrole des Sassou-Nguesso
(Le Monde 12/09/17)

L’ONG Public Eye a exploré le système corruptif mis en place à Brazzaville par le géant suisse Gunvor pour exporter le brut du Congo. Que la mère du labrador de Guennadi Timtchenko soit la chienne de Vladimir Poutine ne suffit pas à démontrer la proximité entre les deux hommes. L’oligarque russo-finlandais établi entre Genève et Moscou s’est d’ailleurs longtemps évertué à nier sa proximité avec le chef de l’Etat russe. Washington l’a contredit en l’inscrivant, dès 2014, sur la liste de sanctions américaines visant les proches de Poutine. Mais, avant cela, le richissime et discret cofondateur de Gunvor, la quatrième plus grande société au monde de négoce de matières premières qui a fait fortune avec le pétrole russe tout en cherchant de nouvelles opportunités en Afrique subsaharienne, a peut-être donné lui-même le meilleur indice de ses liens avec le président russe.

A défaut de parvenir à ses fins en Angola, en Côte d’Ivoire ou au Nigeria, Guennadi Timtchenko a jeté son dévolu sur le Congo-Brazzaville. Comment a-t-il convaincu Denis Sassou-Nguesso et son clan visé par plusieurs enquêtes anti-corruption de lui confier des cargaisons de brut ? En leur faisant justement miroiter de leur ouvrir les portes du Kremlin.

Un premier contrat est signé en juin 2010 suivi d’un second en janvier de l’année suivante. C’est ainsi qu’en 2011 plus de 20 % des bénéfices de la société de Guennadi Timtchenko provenaient de son activité au Congo, soit 37,9 millions de dollars (31,6 millions d’euros). Promesse tenue : l’année suivante, Vladimir Poutine recevait son homologue congolais à Moscou.

Mais, pour mettre la main sur l’or noir du Congo, la firme genevoise a recouru à des intermédiaires sulfureux et à tout un arsenal de pratiques corruptives, selon le dernier rapport de l’organisation suisse Public Eye (ex-Déclaration de Berne) rendu public mardi 12 septembre et intitulé « Gunvor au Congo. Pétrole, cash et détournements : les aventures d’un négociant suisse à Brazzaville ».

La preuve par l’image

« L’argent n’est pas arrivé à bon port. Denis-Christel ne touchait presque rien. » André est l’un des trois hommes filmés à leur insu au printemps 2014 dans un lieu non identifié qui ressemble à un restaurant de palace parisien. Il représente les intérêts de son « frère » Denis-Christel Sassou-Nguesso, fils affairiste du président congolais, député du fief familial d’Oyo, directeur général adjoint de la société pétrolière nationale (SNPC), administrateur général de l’unique raffinerie du pays et suspecté par les justices française, portugaise et américaine de détournements de fonds publics. Face à lui, il y a le Français Bertrand G., directeur financier de Gunvor, désireux de relancer l’activité au Congo malgré l’enquête des autorités suisses ouverte deux ans plus tôt. A ses côtés, l’un des intermédiaires recruté par la firme, le Français Olivier Bazin, alias « Colonel Mario », vieux loup de la Françafrique cité par le passé dans une affaire de grand banditisme corse et condamné pour blanchiment d’or.

« On versait des commissions, on était persuadés que tout se passait bien au niveau de la SNPC (…), que ça partait majoritairement quelque part, que ça allait à qui de droit », dit Bertrand G. Il propose de relancer le projet de construction d’un oléoduc qui serait confié à une société russe – « pour qu’il y ait absolument zéro zéro emmerdes » – et sera financé grâce à la commercialisation du brut congolais par Gunvor. « C’est comme ça qu’on pourra soudoyer tout ce qu’on veut, c’est comme ça qu’on réglera tous les cargos », assure-t-il. Ignorant que la conversation est enregistrée, ce haut cadre de Gunvor vient d’apporter une preuve supplémentaire de la corruption pratiquée par le géant suisse au Congo. La vidéo de cette conversation confidentielle, visionnée par Public Eye, a été versée au dossier d’instruction et a conduit à la mise en examen (« prévention ») de Bertrand G. pour « corruption d’agent public étranger » de même qu’à la démission, fin 2014, du numéro deux de Gunvor.

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