Lundi 23 Octobre 2017

Le procès de « Jungle Jabbah », une brèche dans la culture de l’impunité au Liberia

Le procès de « Jungle Jabbah », une brèche dans la culture de l’impunité au Liberia
(Le Monde 05/10/17)
Le milicien Mohammed Jabateh va être jugé par un tribunal américain pour des crimes commis durant la guerre civile.

Le milicien Mohammed Jabateh va être jugé par un tribunal américain pour des crimes commis durant la guerre civile. Une première, se félicite l’avocat Alain Werner. Le Liberia a connu récemment deux guerres civiles (1989-1996 puis 1999-2003) qui ont coûté la vie à au moins 150 000 personnes. En 2009, un rapport de la Truth and Reconciliation Commission (TRC, Commission vérité et réconciliation) a fait un inventaire détaillé et édifiant des crimes commis. Il met en cause des individus pour des crimes graves, allant même jusqu’à publier des listes nominatives de personnes devant être jugées au Liberia pour ces crimes de guerre.

Et pourtant, huit ans après la publication de ce rapport et le prix Nobel de la paix décerné en 2011 à Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia, personne n’a été poursuivi dans le pays. La liste des candidats à l’élection présidentielle, dont le premier tour se tient le 10 octobre, donne même l’impression qu’avoir été de près ou de loin impliqué dans les guerres civiles est une condition sine qua non pour pouvoir prétendre au poste suprême.
Cinquante ans de prison

En effet, le plus notoire des criminels de guerre, Prince Yormie Johnson, sénateur de sa région depuis de nombreuses années, s’y présente pour la troisième fois consécutive. Contre lui fait campagne Benoni Urey, un ancien haut responsable de l’administration chargée du pays pendant la deuxième guerre civile qui compte parmi les hommes les plus riches du pays. Seul candidat ayant des chances de victoire et n’ayant aucun lien avec la guerre, le Ballon d’or 1993 et ancienne star du Paris-Saint-Germain, George Weah. Mais celui-ci a décidé de prendre comme colistière la sénatrice Jewel Howard Taylor, ex-femme de l’ancien président du Liberia Charles Taylor. Ce dernier, qui a commis plus de crimes de guerre dans son pays qu’il ne peut probablement s’en souvenir, ne peut pas se présenter puisqu’il a été condamné à cinquante ans de prison pour son implication dans la guerre civile qui a eu lieu dans le pays voisin, la Sierra Leone (1991-2002). Il semble cependant déterminé à peser sur les élections : il menaçait il y a encore quelques mois des politiciens libériens par téléphone de la prison de haute sécurité de Durham, au Royaume-Uni.

Cette incroyable impunité n’est pas un phénomène nouveau dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest de moins de 5 millions d’habitants, fondé en 1847 par des esclaves affranchis venus des Etats-Unis. Car ces derniers, depuis leur arrivée au début des années 1820, et leurs descendants ne se sont jamais montrés très humanistes avec la population indigène qu’ils appelaient « country people » ou « native people », termes qui, jusqu’à ce jour, portent une connotation négative au Liberia.

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