Mercredi 13 Décembre 2017

Dmitri Medvedev à Alger : Moscou retrouve le chemin du Maghreb

Dmitri Medvedev à Alger : Moscou retrouve le chemin du Maghreb
(Le Point 11/10/17)
Ahmed Ouyahia (D) et Dmitri Medvedev (G) en conférence de presse conjointe, hier, à la résidence de Zéralda.

L'Algérie puis le Maroc : la visite du Premier ministre russe est un signal fort du regain d'intérêt de la Russie pour la région. Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev est en visite à Alger, lundi et mardi, pour relancer les nombreux projets de coopération entre les deux partenaires historiques. Une occasion « pour l'Algérie et la Russie d'approfondir et de consolider leur dialogue stratégique et leur coopération multiforme, fondés sur la déclaration sur le partenariat, signée à Moscou en avril 2001 », selon le gouvernement algérien.
Alger-Moscou : le retour d'un tandem

« Une coopération qui reste en deçà des attentes des deux côtés », confie une source officielle algérienne. Un constat que n'omet pas le chef de l'exécutif russe : « Depuis des années, l'Algérie fait partie des partenaires commerciaux et économiques principaux de la Russie en Afrique et dans le monde arabe. Le volume des échanges russo-algériens a doublé l'année dernière pour atteindre près de 4 milliards de dollars. C'est déjà assez bien, mais il nous faut progresser davantage », a-t-il déclaré à l'agence officielle APS.

Les deux parties examineront de nouvelles branches à inclure ou à renforcer dans le programme de partenariat : Dmitri Medvedev cite le secteur énergétique nucléaire, l'industrie agroalimentaire, l'extraction de ressources, le transport maritime, les hautes technologies et de l'espace, le bâtiment et l'industrie pharmaceutique.

« Prioritairement, le Premier ministre russe veut booster des dossiers de coopération qui n'ont pas avancé ces dernières années, comme pour les projets inclus dans le mémorandum entre Alger et Moscou sur le développement du nucléaire civil signé en 2014 », relève Akram Kharief, spécialiste des questions de défense, sollicité par Le Point Afrique.

Selon Dmitri Medvedev, les deux pays ont déjà « créé une base juridique solide pour la coopération dans le secteur énergétique nucléaire ». « Si l'Algérie décidait de créer une industrie nucléaire nationale, nous serions prêts à offrir nos technologies et nos solutions techniques. Actuellement, la Russie forme déjà pour l'Algérie des experts du secteur nucléaire », poursuit-il dans son entretien à l'APS algérienne.

Le « si » au conditionnel fait comprendre que l'Algérie, qui projetait de se construire des centrales nucléaires pour produire de l'électricité, semble avoir abandonné cette ambition. Et c'est un autre partenaire arabe important de la Russie, l'Égypte qui concrétisera, en 2022, son projet de centrale nucléaire avec l'aide de Moscou.
Priorité aux projets énergétiques notamment à travers le nucléaire

« D'autres dossiers restent en suspens », observe Akram Kharief, fondateur du site d'information MenaDefense, « comme l'installation en Algérie du fabricant de camions KAMAZ ou la livraison des Sukhoi 32 et 34, ou de missiles S-400, ou encore l'usine de fabrication de wagons et de bulldozers en partenariat avec le russe Uralvagonzavod… ».

« Pourtant, nos liens historiques, nos compatibilités en termes de diplomatie, notre durable partenariat en termes de commandes d'armement [l'Algérie est le plus grand importateur d'armes russes après la Chine et l'Inde] et surtout la pression de la crise pétrolière sur nos deux économies devrait nous pousser à diversifier davantage nos échanges et les élever au niveau maximal », indique un haut fonctionnaire du gouvernement algérien.
Peser dans l'OPEP

Effectivement, des efforts sont visibles, malgré la léthargie généralisée des dossiers de coopération. Lors du dernier Forum économique algéro-russe à Alger, en septembre dernier, plusieurs projets dans l'agroalimentaire ont été négociés, et, le même mois, des opérateurs russes ont été intéressés par les produits agricoles algériens lors du salon World Food Moscow. Les pressions européennes et américaines sur le marché russe, notamment dans le secteur de l'agroalimentaire, peuvent être une opportunité pour une production algérienne en mal de destinations. D'où par exemple la demande exprimée par certains opérateurs algériens de l'export afin de conclure des accords de libre-échange avec la Russie.

Par ailleurs, la visite de Medvedev est aussi porteuse d'un message fort sur un autre front, plus décisive pour l'Algérie et les pays exportateurs d'hydrocarbures. « La Russie et l'Algérie sont des exportateurs importants de gaz vers l'Europe. Ce fait nous aide à coopérer de manière concertée au sein des plateformes internationales telles que le Forum des pays exportateurs de gaz ou l'Opep s'il s'agit du pétrole. La Russie apprécie grandement ce dialogue et les possibilités de trouver des compromis », a déclaré le Premier ministre russe à l'APS.

Le responsable russe faisait allusion au soutien, si précieux, de Moscou, à l'accord proposé par Alger (et approuvé en décembre 2016 à Vienne) aux pays de l'Opep et hors-Opep, dont la Russie, instaurant une réduction de la production des hydrocarbures pour faire face à la chute spectaculaire des cours du brut depuis 2014.

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