Lundi 25 Septembre 2017

Diplomatie tchadienne au Qatar : marche arrière toute !

Diplomatie tchadienne au Qatar : marche arrière toute !
(Le Monde 12/09/17)
Le président tchadien Idriss Déby

Août 2017 : N’Djamena ferme son ambassade à Doha après seulement sept ans de présence. Au prétexte d’une « tentative de déstabilisation » de l’émirat du Golfe, décrypte notre chroniqueur Benjamin Augé. Le communiqué tchadien du ministre des affaires étrangères daté du 23 août ne laisse aucune place au dialogue. Le président Idriss Déby ferme son ambassade au Qatar, pays où il avait pourtant fait le choix d’ouvrir une représentation en 2010. Les diplomates qataris à N’Djamena ont été également invités à quitter le sol tchadien sous dix jours. L’ambassadeur tchadien avait déjà été rappelé à N’Djamena dès les premiers jours de la crise qui secoue la péninsule Arabique depuis le mois de juin.

L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis – suivis par l’Egypte et Bahreïn – accusent le Qatar de soutenir le terrorisme et organisent un blocus terrestre de la péninsule gazière. Tous ces Etats ont également rappelé leur ambassadeur respectif en poste à Doha.

Une mise en cause directe

Pourquoi le Tchad a-t-il fait le choix de passer du rappel de son ambassadeur – pratique courante en diplomatie afin de marquer un mécontentement – à un rappel définitif ? Si l’on se réfère au communiqué du ministère des affaires étrangères, le Tchad reproche « l’implication continue de l’Etat du Qatar dans les tentatives de déstabilisation du Tchad depuis la Libye ». Or, que s’est-il passé sur le terrain ? Le 18 août, un convoi de trafiquants reliant le sud-ouest de la Libye au Darfour soudanais a été intercepté par des éléments de l’armée tchadienne sur son territoire.

Depuis plusieurs mois, ce couloir habituel de trafic entre la Libye, le Tchad et le Soudan est de plus en plus contrôlé par l’armée tchadienne. De ce fait, les trafiquants se regroupent en mutualisant leurs moyens de sécurité. Jusqu’alors, les trafiquants qui rencontraient l’armée tchadienne lors de leur passage sur le territoire se faisaient soit rançonner, soit tentaient de négocier. Cependant, cette fois-ci, les trafiquants, en supériorité numérique, ont riposté, causant la mort de plusieurs soldats de l’armée tchadienne.

Le président Idriss Déby a directement mis en cause le Qatar dans ce dramatique incident en le faisant passer pour une tentative de déstabilisation politique. Il a pu utiliser la présence lors de l’attaque du groupe de l’opposant tchadien basé en Libye Mahamat Hassane Boulmaye, autrefois proche des milices de Misrata, dont certains éléments ont été soutenus par le Qatar au lendemain de la chute de Kadhafi en 2011.

Cependant, l’incident n’avait en l’espèce aucune portée politique, ne poursuivant qu’un but commercial. Responsable de l’escorte de sécurité du convoi du 18 août, Boulmaye, opposant déclaré à Déby, tout comme les trafiquants, proches des rebelles tchadiens Béchir Al-Faïg et Margui Djerou, en ont tout de même profité pour le revendiquer en le faisant passer pour un acte délibéré.

Alors, quel peut être le rôle de l’émirat dans ce trafic au sud de la Libye ? A priori, aucun. Doha a bien conduit des pourparlers de paix entre les tribus toubou et touareg, en conflit dans la zone libyenne d’Ubari (région de Wadi Al-Hayaa). Cependant, depuis cette médiation datant de juin 2015, l’implication du Qatar dans la crise libyenne a considérablement diminué et son influence au sud de la Libye est inexistante.

L’émirat ne dispose ni d’information ni de diplomates permettant de comprendre en profondeur cette région entre le Sud libyen, le Tchad et le Soudan. Idriss Déby tente ainsi d’instrumentaliser politiquement un événement que la plupart des opinions publiques ne comprennent pas, du fait de la complexité des acteurs en présence, afin d’y impliquer le Qatar, qui n’a aucun intérêt dans ce trafic transfrontalier.

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