Vendredi 22 Septembre 2017

Burundi - Philippe Hugon : "Le régime de Nkurunziza est à la dérive"

Burundi - Philippe Hugon : "Le régime de Nkurunziza est à la dérive"
(Le Point 17/07/17)
Philippe Hugon.

Épuration ethnique de l'armée, opposants réduits au silence, populations civiles attaquées... Pas de doute pour la Fédération internationale des droits de l'homme, le régime burundais s'enfonce dans la violence et transforme le pays en dictature. Dans son dernier rapport publié le 4 juillet dernier avec l'aide d'organisations partenaires locales, la Fidh avertit la communauté internationale sur les violences persistantes dans l'ensemble du pays. Elle pointe du doigt « le manque de fermeté de la communauté internationale et son incapacité à mettre en œuvre ses propres décisions – notamment les mesures de protection des populations civiles et la relance du dialogue politique ». Le pays traverse une grave crise depuis la décision de Pierre Nkurunziza, en avril 2015, de briguer un troisième mandat, qu'il a d'ailleurs obtenu au mois de juillet suivant. Pour mettre fin aux violences et créer les conditions d'un dialogue utile au pays, Michel Kafando, ancien président de la transition au Burkina Faso, a été désigné comme nouvel émissaire de l'ONU au Burundi. Il a effectué fin juin une première visite à Bujumbura. Mais le processus de sortie de crise est resté au point mort. Observateur averti de la réalité burundaise, Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), s'est confié au Point Afrique à ce propos.
Le Point Afrique : Que se passe-t-il au Burundi, finalement, deux après le début de la crise politique ?

Philippe Hugon : Depuis deux ans, la situation n'a cessé de s'aggraver au Burundi. Nkurunziza a fait ce que l'on peut appeler un coup d'État constitutionnel et a remis en question beaucoup de principes de l'accord d'Arusha comme l'équilibrage ethnique entre Hutus et Tutsis, notamment dans l'épuration de l'armée, et avec les assassinats ciblés.

Le régime s'appuie sur une milice hutue et est devenu un parti-État, le CNDD-FDD, le parti de Nkurunziza. Beaucoup de dérive autoritaire a conduit la Fidh à parler de dictature. Cependant, je ne pense pas que le Burundi soit une dictature. C'est un régime très autoritaire et à la dérive, donc qui peut tendre à en devenir une (une dictature, NDLR) si rien ne change. Et on sait également que l'histoire du Burundi, comme celle du Rwanda, a été marquée par des génocides historiques.

Si en deux ans rien n'a changé, pourquoi la communauté internationale reste-t-elle inactive ?

Face à cela, on peut dire que la communauté internationale est extrêmement silencieuse. Elle a simplement fait des déclarations et des enquêtes. Le vrai problème est qu'il n'y a pas vraiment de force de l'Union africaine ou de force entre l'Union africaine et les Nations unies qui serait capable de rétablir l'ordre. Bien entendu, des sanctions sont indispensables, sans pour autant qu'elles nuisent aux populations. C'est toujours très difficile de faire des embargos, car les populations sont les premières victimes.

Donc, dans le cas présent, ce que l'on peut dire, c'est que le Burundi est un pays qui n'intéresse pas grand monde, un pays enclavé qui n'est pas stratégique et qui n'a pas de minerais. C'est une situation de drame, sans médias, à l'écart du monde. Et, dans ce contexte, le régime ne cesse de se durcir, ce qui peut éventuellement conduire à une dictature.

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