Dimanche 17 Décembre 2017

Afrique : vous avez dit "sécession" ?

Afrique : vous avez dit "sécession" ?
(Le Point 06/10/17)
Une manifestation à Kumbo dans le nord-est du Cameroun contre la présumée marginalisation des parties parlant anglais du pays.

Le cas actuel du Cameroun anglophone n'est pas sans rappeler l'histoire chaotique des frontières africaines. Explications. Après la proclamation des indépendances de l'Érythrée en 1993, du Sud-Soudan en 2011, c'est au tour des Camerounais de l'Ambazonie (nom donné aux deux régions anglophones qui souhaitent l'autodétermination, ndlr) de proclamer symboliquement leur souveraineté dimanche 1er octobre. Hasard du calendrier, c'est ce même jour que les séparatistes catalans ont choisi pour le référendum sur l'autodétermination de la région de l'Espagne. Quelques jours auparavant, c'est 92 % des Kurdes irakiens qui ont voté pour l'indépendance.
Est-ce à dire que l'idée de sécession serait en vogue ?

Une chose est sûre : ce récent soubressaut social et politique dépasse les frontières du Cameroun et entre désormais dans la longue tradition sécessionniste que connaît l'Afrique. Il vient aussi remettre en cause l'un des principes qu'on pensait acquis depuis les indépendances des pays africains, et surtout depuis la création de l'Organisation de l'Unité africaine, c'est-à-dire "l'intangibilité des frontières issue des décolonisations". Les frontières de l'Afrique tout comme celles de l'Europe sont le fait des constructions diplomatiques. Plus vrai encore pour le continent africain, la plupart ont été dessinées très approximativement lors de la conférence de Berlin, en 1885. Lord Salsbury, Premier ministre britannique, disait explicitement : « Nous avons entrepris de tracer sur les cartes des régions où l'homme blanc n'avait jamais mis le pied. Nous nous sommes distribué des montagnes, des rivières et des lacs, à peine gênés par cette petite difficulté que nous ne savions jamais exactement où se trouvaient ces montagnes, ces rivières, ou ces lacs. »

Dans la plupart des cas, les dirigeants africains installés au pouvoir après les décolonisations les ont gardées comme telles. Les frontières sont depuis source de conflit permanent à quelques exceptions près. Et de nombreux groupes de réclamer non pas un retour aux frontières précoloniales (ce qui serait très compliqué), mais plutôt de nouveaux tracés basés sur les appartenances ethniques, religieuses, ou encore sur un statut spécial qu'ils avaient obtenu avant le départ du colonisateur.
Retour sur les principaux conflits sécessionnistes en Afrique

C'est exactement ce qu'il s'est passé le 11 juillet 1960 au Katanga. L'Ex-Congo belge vient alors d'obtenir son indépendance deux semaines auparavant, devenant le Congo-Kinshasa, mais le chaos qui y règne précipite la sécession du Katanga soutenue par la Belgique et dirigée par son unique président Moïse Tshombe. Même avec la puissante Union minière du Haut Katanga (UMHK) et le soutien des Belges envoyés sur le terrain en renfort, l'État du Katanga ne sera jamais reconnu par l'ONU. C'est qu'en cette période de guerre froide, États-unis et URSS, les deux superpuissances sont contre les pratiques colonialistes. Ils désavouent les Belges, et le Conseil de sécurité de l'ONU va plus loin en répondant à l'appel de Patrice Lumumba, favorable à un Congo uni. Après trois ans de conflits, les troupes de l'ONU s'imposent face à celles de Tshombe, qui a tout juste eu le temps de créer pour cette nouvelle nation une monnaie ainsi qu'une armée. Ce dernier, une fois amnistié, deviendra même, ironie de l'histoire, le Premier ministre du Congo unifié en janvier 1964. Un premier échec cuisant, diriez-vous ? Il n'en fut rien. L'expérience du Katanga, n'a que servi de rampe de lancement pour d'autres mouvements dont les veilléités sécessionnistes ont fait plonger leur pays dans un grand bain de sang.

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