Lundi 19 Février 2018

Damas nie de nouveau "posséder" des armes chimiques

Damas nie de nouveau "posséder" des armes chimiques
(AFP 14/02/18)

Damas a une nouvelle fois nié mercredi "posséder" des armes chimiques, estimant que leur utilisation était "immorale et inacceptable", au lendemain d'une mise en garde de la France qui a brandi la menace de frappes en Syrie.

Soumis à de fortes pressions internationales, le pouvoir a par ailleurs autorisé l'entrée d'aides humanitaires dans la Ghouta orientale, pour la première fois depuis des raids meurtriers qui ont visé la semaine dernière l'enclave rebelle assiégée près de Damas.

Le régime syrien a été accusé d'avoir récemment mené des attaques chimiques contre les zones sous contrôle des rebelles, alors que les civils payent déjà un très lourd tribut dans le conflit qui a fait plus de 340.000 morts depuis 2011.

"Le gouvernement syrien nie catégoriquement posséder (...) des armes chimiques. Nous considérons l'utilisation de ces armes immorale et inacceptable, quel que soit le contexte", a affirmé le vice-ministre des Affaires étrangères, Fayçal Moqdad, cité par l'agence oficielle Sana.

Mardi, le président Emmanuel Macron avait assuré que la France mènerait des frappes en Syrie si elle avait "des preuves avérées que des armes chimiques proscrites sont utilisées contre les civils" par le régime.

"Nous frapperons l'endroit d'où ces envois sont faits ou là où ils sont organisés. La ligne rouge sera respectée", a martelé M. Macron, qui a toutefois nuancé son propos, précisant que ses services n'avaient pas pour le moment de telles preuves.

Ces dernières semaines, la France mais aussi les Etats-Unis ont tiré la sonnette d'alarme sur des attaques chimiques présumées menées par Damas, qui a dénoncé les "mensonges et allégations" de Paris et Washington.

- Arrivée d'aides à la Ghouta -

L'une de ces attaques aurait eu lieu début février à Saraqeb, localité de la province d'Idleb (nord-ouest) contrôlée par des jihadistes et des rebelles, où 11 cas de suffocation ont été rapportés, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

En janvier déjà, l'Observatoire avait rapporté 21 cas de suffocation dans la Ghouta orientale, habitants et sources médicales évoquant une attaque au chlore.

Après la montée au créneau de Washington et de Paris, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) avait annoncé le 7 février qu'elle étudiait les "allégations crédibles" concernant un recours à de telles armes.

Malgré les pressions internationales, le pouvoir de Bachar al-Assad a repris la main dans le conflit syrien, qui s'est complexifié avec l'implication de puissances étrangères et de groupes jihadistes, sur un territoire morcelé.

Grâce à l'appui indéfectible de l'allié russe, le régime syrien a reconquis plus de la moitié du territoire, multipliant les victoires face aux jihadistes et aux rebelles.

La semaine dernière, il avait intensifié ses frappes aériennes contre la Ghouta orientale, dernier fief rebelle aux portes de la capitale Damas.

Cinq jours de raids aériens ont fait plus de 250 morts et près de 775 blessés, selon l'OSDH, un pic de violence sans précédent depuis plusieurs années pour cette région que le régime pilonne quotidiennement.

Mercredi, des aides humanitaires destinées à quelque 7.200 personnes sont arrivées dans la Ghouta orientale, le premier convoi à entrer dans la région depuis la fin novembre.

- 'Souffrance humaine intolérable' -

"Premier convoi de l'ONU et du Croissant-Rouge syrien cette année pour la localité de Nachabiyé dans la Ghouta orientale pour distribuer de la nourriture, des provisions sanitaires et nutritives", a indiqué le Bureau des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) à Damas sur son compte Twitter.

Aucune aide ne peut entrer dans la Ghouta orientale sans le feu vert des autorités de Damas.

Assiégés depuis 2013 par les forces du régime, les quelque 400.000 habitants de la Ghouta orientale subissent des pénuries de nourriture et de médicaments qui ont entraîné des centaines de cas de malnutrition, notamment chez les enfants.

L'ONU réclame avec insistance une trêve humanitaire d'un mois dans toute la Syrie, pour pouvoir distribuer des aides et évacuer les blessés et malades dans un état critique.

"Nous assistons à l'une des pires périodes de combats depuis le début du conflit, avec des centaines de civils tués et blessés, des déplacements massifs (de population) et la destruction d'infrastructures civiles, y compris des installations médicales", avait déploré lundi le coordinateur humanitaire de l'ONU en Syrie, Ali al-Zaatari.

"J'en appelle à nouveau à toutes les parties concernées, et à ceux qui ont un pouvoir d'influence sur elles: mettez fin à cette souffrance humaine intolérable", a-t-il insisté.

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