Tchad : le gouvernement face à une motion de défiance de l'opposition | Africatime
Samedi 21 Janvier 2017

Tchad : le gouvernement face à une motion de défiance de l'opposition

Tchad : le gouvernement face à une motion de défiance de l'opposition
(Xinhua 17/11/16)

N'DJAMENA, (Xinhua) -- L'Assemblée nationale tchadienne examinera jeudi une motion de censure contre le gouvernement, initiée par une vingtaine de députés de l'opposition.

Depuis plusieurs mois, le Tchad vit une grave crise financière et économique sans précédent. Pour la résorber, le gouvernement dirigé par Pahimi Padacké Albert, un allié du président Idriss Déby Itno, a pris une quinzaine de mesures d'urgence fin août, afin d'accroitre les recettes publiques, de réduire les charges publiques, et d'améliorer l'efficacité de la dépense publique et le rendement des services de l'Etat.

Une de ces mesures passe mal: la réduction de 80% des indemnités et primes des responsables nommés par décret présidentiel.

Cette réduction, qui a été étendue à 50% à tous les agents de l'administration publique, est à l'origine des grèves qui paralysent les hôpitaux, les écoles et les autres services publics.

Les syndicats qui exigent le retrait de ces mesures ne cessent de répéter que la paupérisation actuelle est la simple résultante d'une "mauvaise gestion au sommet de l'Etat", caractérisée par la multiplication des unités administratives à but clientéliste, les interventions militaires à l'extérieur et le gaspillage des maigres ressources du pays.

La mobilisation sociale est une aubaine pour l'opposition qui conteste la réélection du président Idriss Déby Itno, en avril 2016.

La motion de censure a été déposée par 23 députés de l'opposition le 19 octobre. Dans leur document, ils énumèrent plusieurs griefs: la gestion des revenus pétroliers, l'envoi des soldats tchadiens en intervention dans des territoires étrangers, la crise sociale en cours, etc.

Sur ce dernier point, ils estiment que les mesures prises par le gouvernement pour gérer la crise sociale et économique se sont avérées catastrophiques au point de remettre en cause la paix sociale et la stabilité du pays.

"Les effets collatéraux ont un coût social et financier largement supérieur aux économies attendues, alors qu'il y avait un déficit évident de véritables mesures pour encadrer l'effusion des recettes des finances publiques", précisent les initiateurs de la motion de défiance.

C'est le branle-bas dans la majorité présidentielle. Abdéramane Djanabaille, son porte-parole, a dénoncé des "visées purement politiciennes". Face à cette "motion inopportune", les 108 partis politiques de la majorité présidentielle disent apporter leur "soutien indéfectible" au gouvernement et exhorter la majorité parlementaire à rejeter cette "initiative de déstabilisation".

Avec un hémicycle majoritairement dominé par le MPS et ses alliés, la motion de censure de l'opposition n'aurait que peu de chance d'aboutir. Mais compte tenu du contexte social très tendu (la politique d'austérité imposée par le gouvernement fait des mécontents même au sein du pouvoir) et du caractère secret du vote, beaucoup d'élus de la majorité pourraient soutenir leurs collègues de l'opposition.

Si la motion de censure est adoptée - ce qui serait une première au Tchad - le Premier ministre devrait remettre au président de la République la démission de son gouvernement, comme l'exige la Constitution. Ce qui provoquerait un séisme politique.

Par ailleurs, l'opposition a prévu de tenir un meeting jeudi dans la capitale pour dénoncer la politique d'austérité imposée par le gouvernement.

Une trentaine de partis qui contestent la réélection du président Idriss Déby Itno avaient créé un Front de l'opposition nouvelle pour l'alternance et le changement (Fonac) pour mener des actions avant et après le 8 août, date de l'investiture du président réélu.

Le 5 novembre, les leaders du Fonac ont annoncé de nouvelles actions: un meeting pour le 17 novembre et une journée ville morte au 22 novembre prochain.

Par un arrêté rendu public ce mardi, le ministre de la Sécurité publique Ahmat Mahamat Bachir a interdit le meeting du Fonac et a appelé toutes les forces de l'ordre, police, gendarmerie et garde nationale et nomade du Tchad à prendre les dispositions nécessaires pour faire appliquer les termes de l'arrêté d'interdiction.

Mercredi, le coordonnateur du Fonac, Saleh Kebzabo, a réaffirmé que le meeting est maintenu.

Beaucoup redoutent des violences. Dès mercredi, des centaines de policiers, gendarmes et gardes nomades sont déployés dans les points stratégiques de la ville et aux alentours du stade d'Abena, dans le VIIème arrondissement, où le meeting est prévu.

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