Vendredi 15 Décembre 2017

Tchad : le choléra fait 52 morts dans deux régions

Tchad : le choléra fait 52 morts dans deux régions
(Xinhua 23/09/17)

N'DJAMENA, (Xinhua) -- Depuis un mois, le choléra sévit dans deux régions du Tchad, causant une cinquantaine de décès. Le gouvernement tchadien appelle les populations à plus d'hygiène, et ses partenaires à l'aide pour circonscrire l'épidémie favorisée par l'enclavement des régions et l'absence d'eau potable.

L'épidémie est apparue le 14 août 2017 dans le village Mariena, dans le district de Koukou Angarana, causant deux morts suite à une diarrhée aiguë aqueuse et des vomissements avec déshydratation sévère. Elle s'est étendue à toute la région de Sila, frontalière avec le Soudan, provoquant 25 morts sur 206 cas enregistrés à la date du 2 septembre.

Le 11 septembre, 19 nouveaux cas (dont 12 décès) ont été signalés dans trois villages du district sanitaire d'Am-Timan, dans la région touristique du Salamat, au sud du Sila, frontalière avec la République centrafricaine et le Soudan du Sud. Avant le choléra, cette région avait déjà été confrontée à une épidémie d'hépatite E qui avait causé une douzaine de morts sur une centaine de cas diagnostiqués.

"A la date d'aujourd'hui, le nombre total s'élève à 372 cas, dont 52 décès, avec un taux de létalité de 14% pour les deux régions", déclare Dr Hamid Djabar, secrétaire général du ministère tchadien de la Santé publique.

Depuis les années 1990, la situation du choléra au Tchad s'est toujours aggravée, avec une forte létalité oscillant entre 2,83% (en 2010) et 9,6% (en 1991), révèlent des statistiques émanant du ministère de la Santé publique. Si en 1991, 14.000 cas ont été enregistrés pour 9,6% de décès, pour la plupart dans la capitale, c'est en 2011 que le plus lourd tribut a été payé : plus de 450 morts sur 17.200 cas.

Les causes de cette propagation fulgurante du choléra sont pourtant connues : pénurie récurrente d'eau potable, mauvaises conditions d'assainissement et manque d'hygiène personnelle et de préparation des aliments.

"La situation actuelle de l'épidémie est grave", renchérit Dr Jean-Bosco Ndihokubwayo, représentant de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) au Tchad. Une gravité qu'il justifie par le taux de mortalité qui est très élevé dans les deux régions (14% en moyenne), "alors que dans le code de l'épidémie du choléra, on ne devrait pas aller au-delà de 1%".

"Les événements qui rendent la situation encore plus grave sont l'enclavement de la zone et le non-accès des populations à l'eau potable, alors que l'accès des populations à l'eau potable est l'une des interventions essentielles pour stopper une épidémie de choléra", ajoute M. Ndihokubwayo.

Au Tchad, seul 46% de la population a accès à l'eau potable. Ce taux est encore plus faible dans les campagnes. Selon les normes, il faut au moins un forage pour un village de 300 habitants. Dans le district de Koukou, par exemple, l'on dénombre 139 forages fonctionnels répartis dans 311 villages pour une population totale de 158.421 habitants, soit un forage fonctionnel pour 1.140 habitants.

Dans la région du Sila où le choléra est apparu, la plupart de la trentaine de villages touchés sont inaccessibles à cause des pluies et de l'inondation. Le débordement du fleuve Barh Azoum a coupé du monde beaucoup de villages du Salamat, une zone fortement marécageuse.

D'autres difficultés subsistent, notamment l'insuffisance des relais mobilisateurs, des moyens roulants et des ressources financières, ainsi que l'absence de motivation journalière des volontaires estimée à 5.000 francs CFA (un peu plus de 9 dollars) par jour pour le personnel médical et 2.500 francs CFA pour le personnel d'appui dans chaque district.

"La situation actuelle ne facilite pas l'accès à la zone à cause des cours d'eau et des inondations. Mais avec la détermination des équipes sur le terrain, nous parviendrons à stopper l'évolution de l'épidémie", tempère le représentant de l'OMS. Dr Jean-Bosco Ndihokubwayo exhorte le gouvernement et les autres partenaires d'être sur le terrain pour offrir aux populations ciblées de l'eau potable.

Du côté du gouvernement tchadien, l'on se veut aussi optimiste. "Nous rassurons les populations des régions concernées que le ministère de la Santé publique, avec l'appui des partenaires, met tout en œuvre pour circonscrire l'épidémie et y mettre un terme le plus tôt possible", affirme Hamid Djabar.

Selon le responsable gouvernemental tchadien, une coordination de crise a été mise en place, tant au niveau central que régional. Eelle se réunit tous les matins pour valider les données enregistrées et discuter des stratégies pour répondre, de façon efficace et efficiente, aux difficultés rencontrées dans la réponse aux urgences. La prise en charge des malades et de leurs familles, ainsi que la surveillance des cas, sont renforcées, au niveau des centres de santé et des villages, par des équipes supervisées par les délégués régionaux du ministère de la Santé, les médecins-chefs de district et l'équipe dépêchée depuis la capitale pour circonscrire l'épidémie, en collaboration avec les partenaires techniques présents sur le terrain, notamment l'OMS, mais également l'UNICEF et Médecins Sans Frontières (MSF) Hollande.

En plus de ce dispositif de prise en charge, plusieurs activités de communication sont déjà entreprises, notamment sur l'importance de la prévention et de la lutte contre le choléra", précise M. Djabar. Le ministère de la Santé publique appelle les populations à observer les règles élémentaires d'hygiène, "seuls moyens d'éviter la contamination" : se laver les mains à l'eau et au savon avant et après chaque repas et surtout après les selles, boire de l'eau potable, bien laver les fruits et légumes avant de les consommer, manger les aliments chauds de préférence, utiliser les latrines pour ses besoins, etc.

Mais dans un pays où l'eau potable est rare où les services d'hygiène et d'assainissement sont un luxe, cette sensibilisation est loin de produire les effets escomptés. Selon les statistiques, seuls 18% de la population disposent de toilettes décentes et plus de 80% de la population rurale pratiquent la défécation à l'air libre et moins de 20% se lavent les mains avec du savon ou des cendres comme du temps où il n'y avait pas de savon.

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