Lundi 20 Novembre 2017

Lac Tchad: la vie reprend doucement sur les îles malgré la menace Boko Haram

Lac Tchad: la vie reprend doucement sur les îles malgré la menace Boko Haram
(AFP 24/08/17)

Des filets de pêche au soleil, des agriculteurs dans les champs de maïs, des fermiers qui guident leurs zébus dans l'eau... Sur le lac Tchad, les habitants défient la menace de Boko Haram, en revenant sur les îles qu'ils avaient quittées sous le feu des attaques du groupe jihadiste nigérian il y a deux ans.

"Ils ont tué mon frère et nous avons pris la fuite", se souvient Gaou Moussa devant ce qu'il reste d'une maison familiale parmi les roseaux de l'île de Tchoukouli (Tchad), à une heure de pirogue de la rive nord du lac Tchad. Trois ans plus tard, la paille et le bois brûlés jonchent encore le sol.

Pillages, tueries, enlèvements, attentats-suicides...: les îles côté tchadien, qui se comptent par centaines, ont été visées à partir de 2014-2015 par Boko Haram dans cette région au nord de N'Djamena, à cheval sur quatre pays - Nigeria, Niger, Cameroun et Tchad.

Les premiers émissaires de Boko Haram sont venus dans les mosquées des villages sur les îles, pour prêcher leur version du Coran. "Ils nous promettaient le paradis, des ressources, des femmes...", se souvient Mohamed Mboh, chef de village sur l'île voisine de Bouguirmi.

Ceux qui opposaient trop de résistance aux appels du groupe islamiste étaient égorgés, se souviennent des habitants.

Les habitants des îles - comme par exemple les membres de l'ethnie buduma - se sont de surcroît retrouvés entre deux feux, entre les jihadistes et l'armée.

"L'armée était venue brûler le village après l'attaque de Boko Haram car ils nous confondent avec eux", raconte une femme de 53 ans, qui en paraît dix de plus avec son visage creusé par la faim.

"Progressivement, les autres ethnies et l'armée ont compris que nous sommes aussi des victimes car ils ramassent des cadavres de Budumas dans la brousse", explique le chef de Bouguirmi, Mohamed Mboh, lui-même de cette ethnie.

Devant la menace, le gouvernement tchadien a décidé de fermer sa frontière avec le Nigeria, puis de vider les îles de leurs habitants - quand ceux-ci n'avaient pas déjà fui vers la terre ferme.

Aujourd'hui, l'armée tchadienne patrouille sur les eaux et les rives du lac, aidée par des "comités de vigilance" composés de civils - et les habitants reviennent.

- Economie au ralenti -

"Nous sommes retournés dans le village de Bouguirmi il y a sept mois, car on a eu la nouvelle que les Boko Haram ne sont plus là, que les villages sont sécurisés par l'armée. Mais entre-temps, chaque jour, on a des rumeurs comme quoi des Boko Haram sont cachés quelque part", confie Mohamed Mboh, 60 ans, un des chefs de ce village de 500 habitants.

Le vieil homme vit "dans la paix", mais dit avoir entendu des échanges de tirs le mois passé, sans savoir s'ils provenaient d'un combat avec le groupe islamiste.

Malgré l'ombre de Boko Haram, Mal Kalo, agriculteur, préfère son indépendance insulaire à la vie dans les camps de déplacés sur la terre ferme, où la malnutrition a gonflé le ventre des enfants.

"Il y a un an, je suis revenu voir ce que j’avais labouré avant l'attaque de Boko Haram, mais malheureusement les hippopotames ont tout détruit", déplore l'agriculteur de 41 ans qui avait fui jusqu'à Iga, à plusieurs heures de bateau, de marche et de route, il y a deux ans.

Champs ravagés, pirogues en rade et bétails squelettiques: la vie est difficile sur les îles, qui abritaient une population déjà vulnérable avant l'arrivée de Boko Haram au Tchad.

La fermeture de la frontière avec le Nigeria a eu de lourdes conséquences économiques, bloquant les échanges avec le principal pôle d'attraction économique de toute la région du Lac.

"Avant on faisait du petit commerce avec le Nigeria. Mais là on ne peut plus, car la frontière a été fermée il y a quelques années par les autorités pour lutter contre les avancées de Boko Haram", continue le cultivateur.

Au total, plus de deux millions de personnes ont été déplacées et plus de 11 millions de personnes dépendent de l'aide humanitaire, souvent insuffisante, dans les quatre pays riverains du Lac.

Beaucoup d'îles restent inaccessibles aux villageois, car encore trop dangereuses. De l'autre côté de la frontière au Nigeria, 31 pêcheurs ont été tués par Boko Haram sur les îles du lac début août.

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