Vendredi 23 Février 2018

Tchad: le gouvernement face à des grèves générales

Tchad: le gouvernement face à des grèves générales
(Xinhua 07/02/18)
Au Tchad, l'administration publique, les écoles, les hôpitaux et la justice.

Au Tchad, l'administration publique, les écoles, les hôpitaux et la justice sont paralysés depuis fin janvier par des grèves déclenchées par des syndicats contre la politique d'austérité imposée par le gouvernement.

Depuis la chute des cours du pétrole fin 2014, le gouvernement tchadien a imposé des mesures d'austérité drastiques. En août 2016, il a annoncé seize mesures d'urgence dont la suppression de 50 % des primes et des indemnités des agents de l'Etat.

Cependant, "les seize mesures" (comme on les appelle à N'Djamena et partout dans le pays) n'ont pas réussi à contenir la crise. Début janvier, le gouvernement a tenté d'aller plus loin en s'attaquant directement aux salaires de base de fonctionnaires. Face au tollé général des syndicats, il a feint de se rétracter et de changer le fusil d'épaule pour imposer la suppression des 50% à tous les fonctionnaires et à tous leurs avantages numéraires, notamment les avancements sur salaires. Par ailleurs, avec la nouvelle loi de finances, il a relevé le taux de l'impôt sur les revenus des personnes physiques (IRPP) de 10 à 30%.

Le 29 janvier, les trois principales organisations syndicales du pays (l'Union des syndicats du Tchad, le Syndicat national des enseignants-chercheurs du supérieur et la Confédération indépendante des syndicats du Tchad qui composent la Plateforme syndicale revendicative) ont déclenché une grève générale illimitée dans les secteurs publics dans l'ensemble du pays.

Même la Confédération libre des travailleurs du Tchad (CLTT), réputée très proche du pouvoir, a appelé à une grève de deux jours, lundi et mardi, pour dénoncer le relèvement du taux de l'IRPP. La CLTT a promis qu'elle n'acceptera jamais "cette forme d'esclavage moderne et tient le gouvernement pour seul responsable de cette régression qui impacte considérablement la paix dans notre monde du travail", a martelé son secrétaire général, Brahim Ben Seid.

Lundi, ce sont les magistrats qui sont entrés dans la danse. Face à la presse, le président du Syndicat des magistrats du Tchad (SMT), Allarakété Sanengar, a annoncé lundi que son organisation, qui venait de tenir une assemblée générale, observait dans un court délai une grève sèche et illimitée, sans service minimum sur toute l'étendue du territoire national. Les magistrats exigent par ailleurs que des macarons et des passeports diplomatiques soient mis à leur disposition, ainsi que le renouvellement du bureau du Conseil supérieur de la magistrature.

Quelques heures après le déclenchement de la grève des magistrats, le président Idriss Déby Itno a accordé, par décret, des remises de peines aux condamnés de droit commun. La grève des magistrats va paralyser pendant longtemps l'appareil judiciaire, alors que les prisons tchadiennes sont très bondées.

Du côté du gouvernement, l'on tente de manier le bâton et la carotte. Le week-end dernier, le ministre de la Fonction publique, du Travail et du Dialogue social, Mahamat Moctar Ali, a exhorté les travailleurs à reprendre les chemins du travail, en attendant "un consensus rapide au sein du Comité technique" chargé du dialogue social. Au cas contraire, il a prévenu que la loi n°32 portant régime du droit de grève, sera appliquée dans toute sa rigueur. Cette loi porte à la charge des grévistes les journées non prestées au-delà de trois jours dans le même mois.

"Le gouvernement est soucieux et engagé résolument à relancer l'économie, à travers le règlement de la question de la dette intérieure, et à renforcer la position de nos banques et des fournisseurs comme moteurs de relance. En attendant l'atteinte optimale de ces performances et au vu du niveau actuel de nos finances, le gouvernement n'a pas d'autre choix que de se résoudre à la réduction de toutes les indemnités, sans toucher aux salaires indiciaires", a-t-il expliqué.

Commentaires facebook