Vendredi 20 Avril 2018

Tchad : ce combat du quotidien à N'Djaména

Tchad : ce combat du quotidien à N'Djaména
(Le Point 26/12/17)

« On se défend. » Ces quelques mots résonnent sans cesse dans les rues poussiéreuses de N'Djaména. Cet après-midi-là, le brouillard de sable et de pollution, « Adjadj », enveloppe la capitale politique du Tchad, assombrissant le ciel et plombant l'air. Selon les dires, cette brusque apparition est un signe précurseur de malheur. Un augure qui prend, cette année, une résonance toute particulière. Depuis quelques mois, la ville de deux millions d'habitants tourne au ralenti, frappée par une crise économique sans précédent. Les terrasses ombragées des bars peinent à se remplir, les clandos (taxis-motos) scrutent l'arrivée de clients potentiels, et les allées labyrinthiques du marché du centre-ville, d'habitude bondées, sont presque désertes. Pour attirer les clients, les commerçants ont cruellement revu les prix à la baisse.

Comme ici, au marché de Dembé. « Mon maquereau est à 1 000 francs CFA alors qu' il était à 3 000 francs CFA il y a quelques mois », déplore Fatime, vendeuse de poissons, installée à même le sol sablonneux. La jeune femme de 27 ans, affublée d'un tablier délavé, renchérit : « Les clients négocient de plus en plus les prix, et on est obligé de l'accepter pour vendre nos produits. » À quelques mètres de là, Abasa, une quarantaine d'années, plie minutieusement ses pagnes à vendre. « Les temps sont très durs. Le tissu est passé de 6 000 à 9 000 francs CFA les cinq mètres. Je ne fais quasiment plus de bénéfices », explique la Tchadienne qui tient son étale en bois depuis près de dix ans.
Vivre au jour le jour
« La grande majorité de la population se débrouille au jour le jour pour survivre », observe Daouda Elhadj Adam, président de l'association de défense des droits des consommateurs au Tchad (ADC). « Par le passé, la ménagère faisait des stocks et dépensait sans compter notamment à l'approche des fêtes. Elle achète désormais des quantités journalières et les négocie. Ce comportement, de plus en plus rationnel, tire les prix de vente vers le bas alors que les grossistes, eux, n'ont pas baissé leurs prix », poursuit-il. Ainsi, la viande, aliment le plus consommé du pays, a subi une baisse de 20 % depuis 2008. « Il y a eu plusieurs tentatives de régulation du marché depuis 2008. Faute de contrôle, les mesures prises n'ont pas fonctionné », conclut l'expert en consommation.

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