Jeudi 20 Juillet 2017

Tchad : Abakar Tollimi, un rebelle pas comme les autres

Tchad : Abakar Tollimi, un rebelle pas comme les autres
(Le Point 17/07/17)
Abakar Tollimi

Déterminisme ou vengeance ? Après des années de silence, Abakar Tollimi a donné une conférence publique à Paris pour annoncer la création d'une association politique : la Concorde nationale de la résistance pour la démocratie (CNRD). « Nous demandons le départ d'Idriss Déby [le président du Tchad en fonction depuis 1990, NDLR], puis l'organisation d'un forum pour établir les grandes lignes politiques à adopter », se targue l'homme jusque-là très discret au sein de la diaspora tchadienne. À 52 ans, il se donne une dernière chance d'atteindre son objectif : la magistrature suprême. En effet, toute sa carrière a été une succession d'occasions manquées au nom de convictions politiques plus fortes que la raison. « J'ai souvent été traité d'utopiste », se remémore-t-il avec un sourire au coin des lèvres. Derrière son costume lui donnant des airs de diplomate ultra-soigné se cache une pugnacité sans faille.

Originaire de Fada, une localité dans le nord du Tchad, Abakar Tollimi est issu d'une famille de chefferie traditionnelle du clan Borogate. S'il est assuré de succéder au patriarche, le cadet d'une fratrie « d'une dizaine d'enfants » voit plus loin : il veut intégrer les hautes sphères du pouvoir. Titulaire d'un doctorat en droit et d'une maîtrise en administration publique, il gravit les échelons de la société tchadienne avec aisance : directeur de l'École nationale d'administration (ENA), puis de la Société d'hydraulique du Tchad. Il devient aussi préfet par intérim de Biltine (centre du pays) et sous-préfet de Bousso (ville du Sud).

Conseiller à la présidence
Il arrive aux portes du pouvoir en 2003, mais fait capoter son destin. Alors qu'il est conseiller à la présidence chargé des affaires administratives et de la décentralisation, il affiche son désaccord avec Idriss Déby Itno lors d'une réunion à Abéché. « C'était au sujet du conflit au Soudan. L'idée était d'ouvrir un front aux côtés du gouvernement soudanais. Je n'étais pas pour cette solution. C'est le début de la rupture », explique l'intellectuel. Au fil des années, la vision politique diverge entre les deux hommes pourtant très proches. Le grand frère d'Abakar Tollimi a été marié à l'une des sœurs du chef de l'État.

En 2006, le technocrate décide de créer son propre parti politique. Un projet qui restera au stade embryonnaire. « L'annonce a mis Idriss Déby dans une colère noire. Il m'a convoqué personnellement et m'a dit : Vous restez tranquille ou je suis capable de vous mettre tranquille », lance, l'air grave, Abakar Tollimi. Pas un mot sur le reste des échanges. Quelques mois plus tard, il doit se rendre à Abéché pour des célébrations, mais « des intermédiaires » l'informent que le président a donné ordre de l'arrêter. « Nous connaissons les pratiques dans ce pays. Tous ceux qui sont arrêtés finissent par disparaître », explique l'ancien conseiller. Rumeur ou réalité ? Il est finalement exfiltré du Tchad, et à 42 ans, il rejoint clandestinement la lutte armée au Soudan.

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