Mercredi 13 Décembre 2017

Quand des touristes occidentaux rencontrent des Masai, « nobles sauvages de leur imaginaire »

Quand des touristes occidentaux rencontrent des Masai, « nobles sauvages de leur imaginaire »
(Le Monde 06/10/17)
Dans le film « Eliamani’s Homestead », des touristes hollandais visitent un village pauvre de Masai en Tanzanie. Crédits : Vanessa Wijngaarden

Une anthropologue a filmé la rencontre improbable d’un groupe de Hollandais en visite dans un village de Tanzanie. Fossé culturel, clichés, tout y est. Que se passe-t-il quand visiteurs et visités se rencontrent ? Comment les gens se comprennent-ils malgré les barrières linguistiques et culturelles ? Comment se perçoivent-ils ? Et comment se maintiennent les stéréotypes qui caractérisent bien souvent la rencontre avec l’autre ?

J’ai travaillé de longue date sur les interactions entre des personnes que tout sépare, notamment lors de mes recherches au sein d’une communauté masai, en participant à un projet écotouristique dans la savane en Tanzanie.
Rencontres fortuites

Les Européens et Américains qui visitent ce sanctuaire se rendent aussi parfois dans un village masai, composé de quelques maisonnées, et qui fait partie de « l’expérience africaine ». En raison du manque de communication entre les familles masai et les opérateurs, et du fait que les groupes ne viennent pas très souvent, les Masai sont souvent surpris quand une famille de touristes débarque chez eux. Les touristes ne restent en général qu’une vingtaine de minutes, une heure au maximum. Ils font un tour du village, regardent les maisons dont les murs sont faits de bouses de vaches et achètent quelques souvenirs aux Masai.

Conscients de l’écart financier qui les sépare des touristes, les Masai améliorent ainsi leurs très faibles revenus. Aujourd’hui, c’est essentiellement grâce à l’agriculture vivrière qu’ils gagnent leur vie : cette dernière ayant peu à peu supplanté leur activité traditionnelle, le pastoralisme, drastiquement réduit depuis que le tourisme accapare les terres.

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Cette année, la France fête le centenaire de la naissance de Jean Rouch. J’ai voulu, comme il le faisait à travers son cinéma anthropologique, capturer à l’image ces rencontres fortuites, et montrer comment les Masai et les touristes se perçoivent, ont des idées préconçues les uns sur les autres qui restent bien ancrées malgré la réalité, et comment se forment les clichés que l’altérité peut véhiculer.

Eliamani’s Homestead (La maisonnée d’Eliamani) montre ainsi plusieurs interactions et événements issus d’une rencontre entre un groupe de Hollandais et la jeune Masai Eliamani et sa famille. Quatre langues – maa, swahili, néerlandais, anglais – sont parlées et les conversations sont sous-titrées (jaune pour les Masai, blanc pour les touristes) afin que le spectateur puisse suivre ce qui se passe et ce que les uns disent sur les autres.

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