Afghanistan: une possible "zone de sécurité" pour les talibans | Africatime
Vendredi 24 Février 2017

Afghanistan: une possible "zone de sécurité" pour les talibans

Afghanistan: une possible "zone de sécurité" pour les talibans
(AFP 10/01/17)

Les autorités afghanes envisagent la création d'une "zone de sécurité" pour les talibans afin de les attirer hors de leurs sanctuaires pakistanais, une tentative risquée et controversée pour désamorcer le conflit.

L'idée illustre les efforts désespérés du gouvernement pour sortir d'un conflit vieux de quinze ans, qui fait des milliers de victimes civiles chaque année, après l'échec répété des négociations.

Si elle est mise en oeuvre, cette stratégie qui vise à contrer l'influence du Pakistan sur les insurgés afghans pourrait tout autant changer la donne qu'aggraver le chaos dans le pays, où céder un territoire aux talibans revient dans les esprits à engager sa partition.

"Les talibans devraient rentrer en Afghanistan et nous devrions créer une zone sûre pour eux et leurs familles" a lancé le mois dernier Abdul Raziq, chef de la police de Kandahar, la grande ville du sud proche du Pakistan, devant un rassemblement de chefs religieux et tribaux.

"Nous ne pouvons plus nous en remettre aux gouvernements et ambassades étrangères pour mettre fin à la guerre. Les talibans font partie de ce pays", a-t-il ajouté.

Le fait que cette idée soit exprimée par ce puissant commandant du sud, éminente figure de la lutte anti-talibans, a provoqué un choc.

Pour le gouverneur du Helmand, province du sud aux trois-quarts sous contrôle taliban, Sher Mohammed Akhundzada, "le gouvernement ne doit pas accorder de zones de sécurité aux terroristes". Certains observateurs dénoncent une stratégie "illogique" dans la mesure où les talibans contrôlent déjà de vastes pans du territoire.

M. Raziq n'a pas souhaité répondre à l'AFP mais une source sécuritaire haut placée a précisé que l'objectif du gouvernement "était de ramener les talibans du Pakistan en Afghanistan".

"Nous allons réserver un territoire séparé pour eux et leurs familles. Ils seront hors de portée des pressions pakistanaises, ensuite on verra s'ils veulent se battre ou négocier".

- 'Double jeu' -

Le Pakistan qui soutient les talibans depuis les années 1990 est perçu par beaucoup d'Afghans comme le principal obstacle à la paix. Islamabad a notamment été accusé de mener un "double jeu" chez son voisin afghan, appuyant la "guerre contre le terrorisme" des Américains après le 11-Septembre tout en offrant un sanctuaire aux insurgés afghans.

Ce qu'a reconnu pour la première fois en 2016 un responsable pakistanais après des années de dénégations.

Mais l'idée d'une "zone de sécurité" se dessine au moment où des commandants talibans influents ont appelé à se distancer des puissants services du renseignement militaire pakistanais qu'ils accusent de manipulation.

"La présence de hauts responsables au Pakistan leur permet de nous imposer des choses à l'encontre de nos intérêts et de ceux de l'Afghanistan," écrivait l'an dernier Sayed Tayyeb Agha, ex-responsable du bureau politique des talibans à Doha, au chef des talibans Haibatullah Akhundzada.

"Pour agir en toute indépendance (...) nous devons quitter le Pakistan" recommandait-il.

Le Conseil national de sécurité afghan n'a pas officiellement confirmé la stratégie du gouvernement mais estimé que "les talibans doivent pouvoir rentrer en Afghanistan sous la protection de l'Etat".

Un responsable de cet organe chargé des négociations a assuré que les autorités étaient en contact avec des chefs insurgés, ce que confirment des sources talibanes au Pakistan. Mais il a refusé de préciser où cette zone de sécurité pourrait être établie.

- Retrait calculé? -

Selon des informations rapportées par les médias afghans, citant des documents militaires, les forces afghanes s'apprêteraient à la faveur de la trêve hivernale des combats à se retirer de certains districts du Helmand, "la province du pavot", fief taliban dans le sud.

Les responsables afghans ont rejeté ces assertions, tout comme celles évoquant l'installation en Afghanistan du conseil de direction des talibans, nommé la "Choura de Quetta", du nom de la ville pakistanaise où elle était implantée.

Cependant, plusieurs sources insurgées ont confirmé à l'AFP que certains responsables influents étaient déjà rentrés, dont l'éminence militaire Ibrahim Sadr, dans un lieu tenu secret.

"Ibrahim a appelé (le chef) Haibatullah à rentrer, mais il a refusé", a confié un membre de la Choura de Quetta à l'AFP.

Pour Timor Sharan, analyste de l'International Crisis Group, la stratégie de la zone de sécurité apparait risquée.

"Cela revient à demander aux talibans de quitter leurs maisons en dur pour s'installer sous des tentes au milieu de nulle part, avec la promesse qu'ils ne seront pas bombardés", indique-t-il à l'AFP.

"Les talibans doivent d'abord obtenir de solides garanties de la part des forces de la coalition occidentale, notamment des Américains", juge-t-il. "Mais si ce plan échoue, l'Afghanistan pourra s'apprêter à une nouvelle année de combats".

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