Jeudi 26 Avril 2018

« Un Sud-Soudanais devrait avoir le droit de polluer trois fois plus qu’un Français »

« Un Sud-Soudanais devrait avoir le droit de polluer trois fois plus qu’un Français »
(Le Monde 12/12/17)

L’Afrique a considérablement moins pollué la planète que l’Occident. Un critère qui doit compter à l’heure du partage du fardeau de la décarbonation, fait valoir notre chroniqueur.

Par Gaël Giraud (chroniqueur Le Monde Afrique)
A Mathare, bidonville de Nairobi, la capitale du Kenya, en octobre 2017.
Une manière de prendre au sérieux l’Accord de Paris, en particulier l’engagement de la communauté internationale de tout faire pour que l’augmentation de la température à la surface du globe n’excède pas +2 °C à la fin de ce siècle, consiste à raisonner en « budget carbone ». Les modèles des climatologues indiquent en effet que, si nous voulons avoir une probabilité au moins égale à 75 % de respecter l’objectif, il faut que le total des émissions cumulées de gaz à effet de serre entre 2000 et 2050 ne dépasse pas 1 000 gigatonnes (Gt) d’équivalent CO2 (CO2-e). Mais comment répartir ce budget ?

Le continent africain n’est responsable, aujourd’hui, que de 4 % des émissions. Et s’il fallait tenir compte de la trajectoire passée, sa contribution à la catastrophe climatique engagée serait encore plus faible. Par ailleurs, avec une population en pleine croissance dont plus de 30 % vivent encore avec moins de 1,90 dollar (en parité de pouvoir d’achat) par jour, l’Afrique peut revendiquer la nécessité de continuer à émettre pendant quelques décennies, le temps de sortir de la misère la population qui s’y trouve encore enfermée et d’accumuler le savoir-faire nécessaire à une économie décarbonée. D’autant qu’elle fait partie des régions du monde les plus sévèrement affectées par les conséquences du dérèglement climatique.

Déjà, le sommet de la Terre de Rio, en 1992, reconnaissait le principe d’une « responsabilité commune mais différenciée » entre pays, principe repris à la première page de l’Accord de Paris. Mais ce genre d’argument éthique est aujourd’hui difficilement reçu par la communauté internationale, ce qui n’a pas été étranger à l’échec du sommet de Copenhague en 2009. Par ailleurs, un critère égalitaire – chaque citoyen aurait droit au même budget individuel quel que soit son pays d’appartenance – est à bon droit considéré comme irréaliste. A quoi, dès lors, devrait ressembler une distribution équitable du fardeau ? Et qu’est-ce que l’équité dans ce contexte ? Pour autant, faut-il renoncer à toute argumentation en faveur d’un juste partage de l’impératif de la décarbonation ?

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/12/11/un-sud-soudanais-devrai...

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