Vendredi 20 Avril 2018

Soudan du Sud: encore un nouveau ministre pour relancer l'économie

Soudan du Sud: encore un nouveau ministre pour relancer l'économie
(AFP 16/03/18)
Le président sud soudanais, Salva Kiir

Le Soudan du Sud a encore changé cette semaine de ministre des Finances pour tenter de ralentir le déclin inexorable de son économie, mais pour les analystes les perspectives d'amélioration sont minces tant que durera la guerre civile et que règnera la corruption.

Le président Salva Kiir a nommé Salvatore Garang Mabiordit, un ancien sous-secrétaire au sein du ministère des Finances, pour occuper les fonctions de ministre, après avoir limogé mardi Stephen Dhieu Dau.

"Notre monnaie a perdu de sa valeur (...). C'est le défi qui vous attend et vous allez devoir travailler très dur pour nous sortir de ça", a déclaré le président Kiir lors de la cérémonie d'investiture du nouveau ministre.

M. Garang est le cinquième ministre des Finances depuis que le pays a fait sécession du Soudan en juillet 2011. Le Soudan du Sud a ensuite plongé dans la guerre civile en décembre 2013.

Le conflit, qui a fait des dizaines de milliers de morts et forcé près de quatre millions de personnes, soit environ un tiers de la population, à quitter leur domicile, a provoqué une hyperinflation et l'effondrement de la monnaie sud-soudanaise.

L'inflation, provoquée par le recours à la planche à billet pour financer les déficits liés au conflit, a atteint environ 500% en 2016, avant de décélérer à 155% en 2017, selon la Banque mondiale.

Dans le même temps, la livre sud-soudanaise (SSP) s'est effondrée: de 5 livres pour un dollar au début de la guerre en 2013, le taux est passé aujourd'hui à 240 livres pour un dollar.

Un sac de 50 kg de farine, qui coûtait 120 livres avant le début du conflit, s'échange désormais contre 7.000, soit environ le double du salaire d'un haut fonctionnaire.

L'habitude de M. Kiir de remplacer régulièrement ses ministres des Finances n'a pas fait ses preuves, car elle l'a amené à recycler des hommes politiques soupçonnés de corruption et n'a pas permis de régler les vrais problèmes, estiment des économistes.

"Si vous voulez contrôler l'économie, il faut gérer les retombées de la guerre, l'insécurité qui débouche sur un manque de confiance du secteur privé et des agences de développement", observe Kimo Adiebo, un professeur d'économie à l'université de Juba.

- Baisse de la production pétrolière -

"La majeure partie du budget est affectée à la sécurité, plus de 50%. Donc même si vous changez (de ministre) et que vous ne vous occupez pas des autres paramètres, c'est difficile de contrôler l'économie du jour au lendemain", dit-il.

Le Soudan du Sud est le pays au monde qui dépend le plus de ses revenus pétroliers. Mais son économie a aussi pâti ces dernières années de la baisse des cours du pétrole et de l'impact de la guerre sur sa production pétrolière, de nombreuses infrastructures ayant été endommagées.

Avant l'indépendance en 2011, le pays produisait 350.000 barils par jour, selon la Banque mondiale. Ce chiffre est aujourd'hui tombé à 125.000 par jour, d'après les dernières estimations du gouvernement sud-soudanais.

Quelque 69% de la population vit désormais dans une situation d'extrême pauvreté, toujours selon la Banque mondiale. Car le conflit a également fortement perturbé l'agriculture et déclenché une crise alimentaire de grande ampleur.

En janvier 2018, 5,3 millions de personnes, soit près de la moitié de la population sud-soudanaise, sont en situation de faim extrême, et ce chiffre est en hausse de 40% sur un an, selon l'ONU.

Des experts ont expliqué à l'AFP que M. Dhieu avait tenté de lutter contre la corruption au sein même de son ministère, et avait notamment arrêté de distribuer de l'argent à des officiels quand ils voyageaint à l'étranger.

Peu avant son renvoi, il avait suspendu un haut responsable du ministère des Finances suspecté d'avoir détourné 317 millions de livres.

Augustino Ting Mayay, un analyste au centre de réflexion Sudd Institute, met en garde contre les difficultés qui attendent M. Garang.

"Les revenus dont le pays a besoin pour fonctionner ne sont pas là. Vous avez des fonctionnaires qui n'ont pas été payés depuis des mois. Vous avez la corruption qui ronge l'économie et gangrène le ministère du pétrole", constate-t-il.

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