Lundi 22 Janvier 2018

En France, des réfugiés soudanais prennent un nouveau départ

En France, des réfugiés soudanais prennent un nouveau départ
(AFP 09/01/18)
Des réfugiés soudanais au Centre de Bruniquel , le 27 octobre 2016

Déjà un an qu'ils ont débarqué sur cette terre inconnue du sud-ouest de la France, après leur odyssée d'Afrique jusqu'au camp de migrants de Calais (nord). Dans un village isolé, des réfugiés soudanais et sud-soudanais ont pansé leurs plaies et démarré une nouvelle vie.

Sur les 24 jeunes exilés débarqués dans le village de Bruniquel (Tarn et Garonne, sud-ouest), onze ont décroché le précieux sésame du statut de réfugié.

"Je suis heureux maintenant, on m'a donné le droit de vivre dans ce pays, c'est le pays des droits de l'Homme", lance Isam, 30 ans, qui figure parmi les tout premiers arrivants au Centre d'accueil et d'orientation (CAO) de Bruniquel.

"A tous mes amis qui souffrent et qui attendent, je leur dis: soyez patients, vous êtes dans un pays qui est bien et qui va vous accueillir", a-t-il assuré au micro, lors d'une soirée du CAO, à l'attention de ses compagnons encore plongés dans la longue procédure de demande d'asile.

Les yeux rougis et les traits tirés, ces jeunes migrants ont débarqué il y a plus d'un an à Bruniquel par bus de Calais, après avoir fui les conflits au Darfour (province de l'ouest du Soudan) et au Soudan du Sud, par la Libye pour la plupart.

Le Darfour est en proie depuis 2003 à une guerre civile qui a fait 330.000 morts, selon l'ONU. De son côté, le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011, est plongé depuis décembre 2013 dans une terrible guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts.

Comme tant d'autres, ils ont traversé la Méditerranée au péril de leur vie, rejoint l'Italie par bateaux pneumatiques, puis la France à pied. Beaucoup ont enduré le froid dans les campements aux portes de Paris, avant d'échouer dans la cauchemardesque "jungle" de Calais, immense camp insalubre de migrants, démantelé fin 2016.

"Bruniquel restera toute notre vie au fond de nous", déclare Mokhles, qui vient de déménager dans la ville de Toulouse (sud-ouest), son titre de réfugié en poche. "Au début c'était difficile, c'était un petit village, on ne comprenait pas pourquoi on venait ici, mais ils nous ont fait sentir qu'on n'était pas des étrangers".

"Même loin de nos racines, on n'a vécu que des belles choses ici", renchérit Mohammed, qui commence sa nouvelle vie dans la ville de Montauban, "vous êtes notre famille maintenant, jusqu'à la fin de ce monde, on n'oubliera jamais ce que vous avez fait".

Des dizaines de bénévoles, voisins et habitants de communes plus éloignées, se sont croisés chaque jour dans l'ancienne gendarmerie de Bruniquel transformée en CAO, autour de ses cinq salariés.
- 'Personne n'y croyait' -

"Le CAO c'était le premier toit sur leur tête, le premier lieu un peu humain qu'ils ont traversé, même s'ils se sont demandé ce qu'ils faisaient ici à la campagne", constate Stéphanie Roger, l'assistante sociale, soulignant "l'élan de solidarité" dans le village, qui a fourni meubles, nourriture et aide quotidienne.

"Cela a permis à des gens qui autrefois étaient parqués de connaître notre pays, et à deux publics qui ne se rencontrent jamais de se connaître", observe la jeune femme qui les a accompagnés dans toutes les démarches pour obtenir l'asile.

"Au début, personne ne croyait avoir un jour des papiers, ils croyaient qu'on voulait juste les cacher à la campagne", témoigne leur traducteur, Mohamed Abchir.

Main dans la main avec salariés et bénévoles, les migrants ont réalisé une fresque sur le mur de l'école, découvert la région et appris le français assis sur les coussins colorés du salon du CAO.

Après une première réunion mouvementée "noyautée par l'extrême droite", "les hostiles, on ne les a plus entendus", se félicite Michel Montet, le maire de ce petit village médiéval classé.

C'était une "vraie valeur ajoutée" pour Bruniquel, estime l'édile, qui s'était personnellement impliqué pour l'ouverture du CAO dans l'ancienne gendarmerie inoccupée.

Prévu pour durer trois mois, le centre de Bruniquel aura finalement vécu plus d'un an.

Le bâtiment, propriété des autorités locales, a fini par être revendu et ses occupants déménageront d'ici à fin janvier dans la commune de Parisot (Tarn-et-Garonne) dans six chalets d'une capacité totale de 50 places. Les Soudanais qui vivent toujours à Bruniquel rejoindront d'autres exilés afghans et érythréens, actuellement hébergés non loin de là.

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