Mardi 12 Décembre 2017

Loin des campements de La Chapelle, les Champs-Elysées vus par des réfugiés soudanais

Loin des campements de La Chapelle, les Champs-Elysées vus par des réfugiés soudanais
(Le Monde 02/10/17)
Lors d'une balade sur les Champs-Elysées, Abdo Rsol, des Soudan Célestins Music, se prend en photo devant le prototype Instinct dans le showroom Peugeot le 24 septembre 2017.

Descendre la plus belle avenue du monde… Les Soudan Célestins Music, le groupe de réfugiés que Le Monde suit dans le cadre de la série des « Nouveaux arrivants », en rêvaient. Le parcours de l’Etoile à la Concorde fait partie de la mythologie française, après la tour Eiffel et le Louvre. « Oui, et dans cet ordre-là ! », sourit Abdo Rsol, l’un des choristes du groupe.

« J’ai passé deux mois à Paris avant de partir à Vichy, explique l’ancien étudiant soudanais en sociologie. Je dormais et mangeais dans le 19e arrondissement, au lycée Jean-Quarré », où s’étaient installés les migrants à l’été 2015 après avoir dormi sur les trottoirs du quartier de La Chapelle et en avoir été délogés plusieurs fois. Celui qui, un matin, s’est vu obligé de fuir son pays parce que Karthoum le soupçonnait d’avoir participé à la contestation sur le campus de la capitale raconte qu’il s’est « autorisé à explorer Paris à trois reprises » à l’époque de Jean-Carré : « Je suis d’abord allé à la tour Eiffel, parce que, vu de l’étranger, c’est l’un des symboles de la France et qu’on ne peut pas passer à Paris sans la voir de près. Ensuite je suis allé à Versailles pour voir ce château tellement réputé, tellement symbolique d’une partie de l’histoire de France. Et dans un troisième temps, je suis allé au musée du Louvre. »

Déjà, au Soudan, Abdo Rsol, pour qui la culture a toujours été essentielle, savait que le Louvre était le plus grand musée au monde. Il y retournera, c’est sûr. « Ces sorties n’allaient pas de soi, car le Paris des migrants était plutôt cantonné au quartier où on dormait. Un Paris bien différent de celui des Champs-Elysées », observe-t-il derrière ses lunettes de soleil.

Ahmed et Hassan, qui eux aussi ont passé du temps au lycée Jean-Quarré, n’avaient pas osé de telles escapades. « A l’époque nous n’avions aucun statut, nous n’étions même pas demandeurs d’asile. Même si nous n’avions rien à faire de nos journées, il était difficile de penser au tourisme », se souvient Ahmed. Lui n’a vu la tour Eiffel de près qu’en 2016 : « Une fois où je suis revenu à Paris. J’ai pu la voir tout illuminée le soir ! » Hassan, lui aussi, a attendu octobre 2016 pour y jeter un œil et s’aventurer jusqu’au château de Versailles. Comme s’il fallait être officiellement entré dans un dispositif d’accueil pour s’autoriser à contempler les beautés de la France et penser qu’elles sont aussi un peu pour soi.

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