Dimanche 19 Novembre 2017

« En collaborant avec le régime d’Omar Al-Bachir, la Belgique et la France ont commis un acte grave »

« En collaborant avec le régime d’Omar Al-Bachir, la Belgique et la France ont commis un acte grave »
(Le Monde 20/10/17)
Le président soudanais Omar Al-Bachir

Paris et Bruxelles auraient permis à des agents du renseignement soudanais d’identifier des migrants dissidents dans des centres de rétention en France et en Belgique. Le déploiement à Bruxelles d’une délégation venue de Khartoum pour identifier les ressortissants soudanais placés en centres de rétention et faciliter ainsi leur expulsion a fait éclater un grand scandale en Belgique.

L’affaire a été débattue au Parlement le 21 septembre et a provoqué un tollé général. Et pour cause : Theo Francken, secrétaire d’Etat à l’asile et à l’immigration, n’éprouve ni remords ni regrets d’avoir collaboré avec les agents d’Omar Al-Bachir, le seul président en exercice recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide et autres atrocités.

Viol de l’article 19 de la charte des droits fondamentaux de l’UE

En France, la révélation de la même collaboration avec l’un des régimes les plus sanguinaires au monde ne suscite, hélas, presque pas de réaction de la société civile, et encore moins de la part du gouvernement. Sollicité par la presse belge, le ministère de l’intérieur français a confirmé qu’une « mission d’identification du Soudan » avait en effet visité le pays pour identifier les ressortissants soudanais.

Mais une enquête menée par le site d’information StreetPress fait remonter cette collaboration à 2014 et indique que Paris a livré au régime d’Al-Bachir des opposants qui risquent gros à Khartoum depuis qu’ils y ont été expulsés.
Au lieu de désarmer ces escadrons de la mort, d’arrêter leurs chefs et de les juger, Al-Bachir les a officialisés et dotés d’armes plus puissantes

Les autorités françaises auraient ouvert les centres de rétention aux envoyés de Khartoum, les laissant se faire passer pour membres d’une ONG américaine afin de pouvoir interroger les migrants en situation irrégulière – c’est le cas en particulier de ceux d’entre eux qui ne demandent pas l’asile, espérant rejoindre l’Angleterre. La délégation du gouvernement soudanais aurait compté des membres du service de renseignement national, lequel aurait ciblé les dissidents ayant cherché à échapper à la répression.

Que la France travaille avec des tortionnaires pour identifier en vue de leur expulsion des réfugiés qui ont précisément fui ce régime est un acte grave. Elle viole ainsi l’article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (UE), qui interdit formellement le renvoi de toute personne vers un Etat où il existe un risque sérieux qu’elle soit soumise à la peine de mort, à la torture ou à d’autres traitements inhumains ou dégradants.

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