Vendredi 23 Juin 2017

Au Somaliland, un fragile « Lascaux africain »

Au Somaliland, un fragile « Lascaux africain »
(Le Monde 02/05/17)

Le pays, qui n’a pas les moyens d’assurer la préservation de ces peintures vieilles de 5 000 ans, sollicite l’Unesco et en fait un argument pour sa reconnaissance internationale.
Agrandes enjambées, Mohamed Abdi Ali saute d’une pierre à l’autre, porté par ses grosses bottes noires qu’on dirait de sept lieues. Il n’est pourtant plus tout jeune. « Les ­années, j’ai arrêté de les compter », élude ce Somalilandais au sourire contagieux. Mais il est une ­datation qu’il ne se privera jamais de donner : celle des peintures recouvrant les grottes rupestres de Laas Geel, où il guide en ce moment le ­visiteur, qui sont vieilles de 5 000 ans.

Ce site exceptionnel, Mohamed Abdi Ali le ­connaît mieux que personne. Et pour cause : il l’a découvert ! C’était le 4 décembre 2002, et celui qui est aujourd’hui prospecteur de sites ­archéologiques pour le département du tourisme somalilandais épaulait alors une mission archéologique française, lancée à la poursuite des premières sociétés d’éleveurs de bétail de la Corne africaine. Avec les chercheurs venus de ­Paris, il fut l’un des premiers à mettre le pied dans le « Lascaux africain ». « Mais j’avais déjà ­repéré la grotte deux ans plus tôt, avec mon petit télescope, alors que je cuisinais du riz en bas du rocher. J’ai vu les couleurs briller ! », crâne aujourd’hui M. Ali.

Au fond, qu’importe les débats sur les origines de la découverte, il n’y en a plus lorsqu’il s’agit de la beauté extraordinaire qui saisit le visiteur, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale ­somalilandaise, Hargeisa : niché dans les ­entrailles d’un rocher brun dressé dans la plaine, le site est composé d’une vingtaine d’abris et ­petites alvéoles et contient des centaines de figures d’animaux et d’êtres humains, peintes dans les tons ocre, blanc et jaune par les éleveurs de la région entre 3 500 et 2 500 ans avant Jésus-Christ.

A Laas Geel, on est bien loin des traits ronds malicieux des grottes de Dordogne. Ici, au ­milieu du désert somali, les vaches qui courent par centaines d’une paroi à l’autre ont le corps droit et effilé, la tête bien ferme,...

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