Mercredi 21 Février 2018

Au Somaliland, sexe et bouche cousus

Au Somaliland, sexe et bouche cousus
(Le Monde 23/01/18)

Nada sent entre ses jambes cette couture jamais cicatrisée. La fièvre fait perler sur son front des gouttes de sueur qui se perdent dans le tissu grenat de son abaya, cet ample vêtement sous lequel elle dissimule ses formes aux yeux des hommes. Chaque mois, lorsque son sang cherche à s’écouler, la jeune femme maudit en silence le jour de sa naissance où son sexe a décidé de son destin et de ses souffrances. Mieux vaut ne pas être une fille au Somaliland. Ce petit Etat de 4 millions d’habitants, non reconnu par la communauté internationale, partage avec ses voisins de la corne de l’Afrique une tradition : les filles y sont cousues. Pour garantir leur virginité jusqu’au mariage, les protéger du viol, les protéger d’elles-mêmes contre de coupables tentations, laver une saleté originelle… La liste est longue des raisons et des croyances mises en avant pour justifier la persistance de cette pratique à laquelle, sous différentes variantes, nulle ou presque ne peut échapper.

Dans une petite maison blanche d’un quartier résidentiel de la capitale, Hargeisa, les sages-femmes de l’association Sofha (Somaliland Family Health Association) s’efforcent de soulager les douleurs. Sur les murs, des consignes sanitaires et ces phrases, manuscrites, comme autant d’appels à la résistance : « Se marier quand vous êtes prêtes et pas forcément avant 30 ans » ; « Dire à vos parents que votre bonheur vaut mieux qu’un million de dollars de dot ».

L’infirmière Zam-Zam Jamah fait le bilan : « Nous avons ouvert ce centre en octobre 2015, et sur le millier de femmes que nous voyons chaque mois, seule une n’était pas mutilée. »

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