Mercredi 22 Novembre 2017

Ahmed Soliman : "Les shebabs ont toujours du pouvoir en Somalie"

Ahmed Soliman : "Les shebabs ont toujours du pouvoir en Somalie"
(Le Point 19/10/17)
Des shebabs somaliens

On les pensait en perte de vitesse, mais, avec l'attentat de Mogadiscio du 14 octobre, les shebabs somaliens ont pris tout le monde de court. Au moins 320 morts et environ 500 blessés. L'attentat au camion piégé perpétré à Mogadiscio, la capitale somalienne, le 14 octobre est le plus meurtrier qu'ait connu le pays. Pointés du doigt par les autorités somaliennes et les observateurs internationaux, les islamistes shebabs (version francisée du mot arabe signifiant «  les jeunes  » ou «  jeunesse  », NDLR) n'ont pourtant toujours pas revendiqué l'attaque. Souvent annoncée sur le déclin, l'organisation islamiste a prouvé au monde, s'il le fallait, sa capacité de nuisance. Et met en exergue l'impuissance des autorités face à un groupe qui a pris racine dans la société somalienne. Généralement à l'ombre de Daech et de Boko Haram, les shebabs somaliens sont-ils le reflet d'un bourbier régional ? Ahmed Soliman, spécialiste des pays de la Corne de l'Afrique à l'institut de recherche Chatham House de Londres, livre ses réponses.

Le Point Afrique : Pourquoi les shebabs ont-ils visé le carrefour populaire PK5 de Mogadiscio ?

Ahmed Soliman : Daprès les renseignements somaliens, la cible première était en fait la toute nouvelle base militaire turque à Mogadiscio installée en août 2017 et supposée être un soutien à l'armée somalienne. Le projet d'attaque de cette base s'inscrit dans le plan des shebabs : privilégier les cibles molles, les bâtiments officiels et les partenaires étrangers, dont la Turquie, le plus important. Les shebabs envisagent des attaques d'envergure pour à la fois attirer des soutiens et rebooster leur notoriété, lorsque la pression militaire s'intensifie.

Les shebabs ont prêté allégeance à Al-Qaïda en 2012. Pourquoi n'ont-ils pas choisi Daech ?

Les shebabs sont préoccupés avant tout par les questions somaliennes et ils cherchent à conserver leurs liens historiques avec Al-Qaïda à qui ils ont prêté allégeance en 2012. Leur ambition est d'établir un État islamique basé sur la charia et le djihad. Selon les différentes estimations, ils seraient entre 5 000 et 9 000, répartis surtout aujourd'hui dans le sud du pays. De son côté, Daech est une organisation djihadiste sunnite composée de soldats étrangers, dont le but est d'établir un califat mondial. Or, ces dernières années, les shebabs ont purgé leurs rangs des combattants étrangers. Ils considèrent que Daech est en déclin. Pour bien comprendre que les shebabs sont en défiance par rapport à Daech, il faut savoir qu'il y a moins de 100 combattants de Daech dans l'environnement somalien, notamment dans le Puntland. Or, ces deux dernières années, les shebabs y ont intensifié leurs activités pour justement détruire la menace Daech et renforcer leurs liens avec Aqap (Al-Qaïda au Yémen).

Comment le mouvement est-il né ?

Le groupe a pris forme en 2006. Issu de la fusion de plusieurs groupes islamistes somaliens, il s'est revendiqué dès lors comme la branche jeunesse de l'Union des tribunaux islamiques (UTI). L'organisation islamiste est elle-même une alliance de combattants somaliens qui souhaitent instaurer la charia. À cette époque, elle contrôlait le centre et le sud du pays, dont la capitale Mogadiscio. Les shebabs ont donc occupé de larges territoires en Somalie. Ils y ont instauré la charia et pratiquaient la lapidation. Ils ont également détruit de nombreux sites religieux qu'ils soient chrétiens ou représentants d'autres branches de l'Islam, comme le soufisme.

Ont-ils conservé ces territoires ? Où en sont-ils maintenant ?

À partir de 2011, les shebabs perdent plusieurs de leurs bastions. En août, ils sont expulsés de la capitale par la force de paix de l'Union africaine (Amisom). Cet exil forcé signe leur première défaite militaire. Par la suite, les revers se succèdent, ils perdent la ville de Baidoa et l'important port de Kismaayo, en septembre 2012. Cette défaite affecte sérieusement les finances de l'organisation : les taxes prélevées sur les recettes du commerce du charbon leur rapportaient beaucoup d'argent.

Quelles ont été les conséquences de ces défaites militaires ?

En réponse, les shebabs ont attaqué les pays qui sont intervenus contre eux, dans le cadre de l'Amisom. Et en premier lieu le Kenya, où ils multiplient les raids et les attentats. Parmi eux, l'assaut du centre commercial de Nairobi en septembre 2013, qui a fait 37 morts. La tuerie de Garissa, où 150 étudiants ont trouvé la mort, c'est eux aussi. Ils attaquent également Djibouti. Un attentat contre un café de la capitale en mai 2014 a fait 3 morts.

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