Samedi 27 Mai 2017

Tidiane N’Diaye : « La fracture raciale est réelle en Afrique »

Tidiane N’Diaye : « La fracture raciale est réelle en Afrique »
(Le Monde 19/05/17)
Le roi Chaka.

Construction du royaume zoulou, de l’Afrique du Sud, rapports de domination sont au cœur du premier roman de l’anthropologue spécialiste de l’esclavage.
Economiste franco-sénégalais qui a fait carrière à l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et anthropologue, Tidiane N’Diaye signe chez Gallimard son premier roman. L’Appel de la lune revient sur la construction dans le sang du royaume zoulou puis de la nation sud-africaine. A l’origine une tribu majeure du groupe Ngumi, fondé vers 1709 par Zulu kaNtombhela, le royaume zoulou a connu son apogée durant le règne de Chaka, devenu l’une des grandes figures épiques de l’Afrique précoloniale. Chaka « réussit à battre, à intégrer ou à écraser sans pitié nombre de miniroyaumes qui évoluaient dans une anarchie indescriptible ».

C’est aussi un roman sur la diversité de la population européenne qui colonisa ces terres prometteuses. Une histoire narrée non sans une certaine poésie et sur fond d’amours interdites entre une jeune femme zoulou, Isiban, et un huguenot français, Marc Jaubert. Union que seuls soutiennent les grands-pères, l’imbogi Oumsélé, le récitant, gardien de la mémoire, et Georges Jaubert.

Habitué à regarder le continent sans complaisance, Tidiane N’Diaye est l’auteur notamment du Génocide voilé, un essai sorti en poche en mars qui met à nu la traite arabo-musulmane qui décima l’Afrique du VIIe au XXe siècle. Quant à son étude sur la présence chinoise en Afrique, Le Jaune et le Noir, elle n’intéresse pas seulement les Africains et vient d’être traduite en polonais. Etonnant ? Non, dit simplement Tidiane N’Diaye, qui explique : « Les pays de l’Europe centrale et orientale seront la porte d’entrée des Chinois sur le marché intérieur européen », avec au premier plan la Pologne. En 2016, le commerce extérieur entre ces deux pays a atteint 14,55 milliards d’euros.

Jusqu’à présent, vous écriviez des essais. Que vous a apporté la fiction ?

Tidiane N’Diaye Dans un essai, on ne doit rapporter que des faits avérés, il n’y a pas de marge d’interprétation possible. Dans la fiction, en revanche, l’auteur peut tout envisager. C’est ce qui m’a permis, par exemple, de créer les personnages de Georges Jaubert et d’Oumsélé, qui sont des Mandela avant l’heure, pour expliquer que l’Afrique du Sud aurait très bien pu connaître un autre destin si les Huguenots français, tolérants, ouverts, avaient été majoritaires dans la population blanche.

L’Afrique du Sud a-t-elle dépassé la question raciale ?

Aujourd’hui, en Afrique du Sud, le problème n’est pas racial, mais socio-économique. Il y a une mauvaise répartition des richesses : une minorité blanche et noire détient tous les pouvoirs économiques et sociaux et, en face, la grande majorité – noire en général – est celle des laissés-pour-compte.

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