Lundi 22 Mai 2017

« Qu’est-ce qui pousse un Sénégalais ou un Marocain à faire campagne pour Emmanuel Macron ? »

« Qu’est-ce qui pousse un Sénégalais ou un Marocain à faire campagne pour Emmanuel Macron ? »
(Le Monde 18/04/17)

Notre chroniqueur prédit un réveil douloureux aux « marcheurs » africains qui distribuent des tracs à Dakar ou à Casablanca pour le candidat à la présidentielle française. Dans un reportage récent, Le Monde Afrique nous a plongés dans l’univers du comité de soutien à Emmanuel Macron au Sénégal. Or il m’a semblé curieux que des personnes qui ne votent pas en France s’engagent à ce point, avec parfois un zèle qui prête à sourire, pour un candidat à la présidentielle française. A première vue, il serait facile de céder à la moquerie : pourquoi militer pour un candidat pour lequel on ne peut même pas voter ? Est-ce le sempiternel complexe du colonisé ?

Cela m’a rappelé l’affaire Stéphane Tiki, ce jeune Camerounais qui dirigeait les jeunes de l’UMP en France jusqu’à ce que Le Canard enchaîné ne révèle, début 2015, qu’il n’était pas français et qu’il était même en situation irrégulière, sans papiers. Dans une tribune pour L’Afrique des idées, j’avais refusé de joindre ma voix au concert de condamnations du bonhomme. La question fondamentale, pour moi, était de savoir s’il se serait autant engoncé dans le mensonge pour jouer un rôle dans un pays qui n’était pas le sien si, au Cameroun, le président Paul Biya laissait entrevoir le moindre espoir de transformation, s’il donnait à la jeunesse la moindre raison de s’engager.

Qu’est-ce qui pousse un Sénégalais, un Marocain, un Ivoirien qui n’ont parfois jamais mis les pieds en France à faire campagne pour un candidat de ce pays ? Allons au-delà des jugements hâtifs et des tentatives d’explications par la cosmétique du moderne et de l’esprit start-up qui caractérise, par exemple, la candidature d’Emmanuel Macron. A mon avis, un drame intérieur profond agit sur ces « marcheurs » africains.

Commentaires facebook