Mercredi 17 Janvier 2018

La France face au génocide rwandais

La France face au génocide rwandais
(AFP 22/12/17)
Des soldats français de l'opération turquoises au Rwanda

L'attitude de la France lors du génocide au Rwanda, qui a fait entre avril et juillet 1994 quelque 800.000 morts selon l'ONU, principalement au sein de la minorité tutsi, est depuis plus de 20 ans l'objet de très vives controverses.

- Génocide -

Le 6 avril 1994, l'avion du président Juvénal Habyarimana, un Hutu, est abattu au-dessus de Kigali.

Le 7, début des massacres à grande échelle. Les Tutsi sont accusés par le pouvoir, alors dominé par les Hutu, de collusion avec la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR, à majorité tutsi) venue d'Ouganda et entrée dans le Nord depuis 1990.

Quelque 500 parachutistes français évacuent (opération Amarylis) plus d'un millier de ressortissants français et étrangers.

- Turquoise -

Le 22 juin, l'ONU donne son feu vert à la France pour une opération militaire à but humanitaire, Turquoise.

Le FPR accuse la France de chercher à sauver le régime et les auteurs du génocide en envoyant ses troupes.

L'opération va mobiliser jusqu'à août 2.500 soldats français. Elle crée une "Zone humanitaire sûre" (ZHS) dans le Sud-Ouest, y interdisant temporairement de facto la progression du FPR.

Le 4 juillet, celui-ci s'empare de Kigali, mettant fin au génocide.

- 'Dysfonctionnements' -

Le 15 décembre 1998, une mission parlementaire française exonère la France, "nullement impliquée" dans le génocide, mais retient une certaine responsabilité, due à "une erreur globale de stratégie" et à des "dysfonctionnements institutionnels".

Le lendemain, Kigali accuse la France d'être "coupable de crimes de génocide au Rwanda".

La mission avait été créée en mars pour répondre aux critiques qui se sont élevées en France et à l'étranger sur la conduite de Paris au Rwanda.

- Rupture des relations -

Le 17 novembre 2006, le juge Jean-Louis Bruguière recommande des poursuites contre le président Paul Kagame, l'ancien chef du FPR, devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour sa "participation présumée" à l'attentat contre l'avion, puis signe neuf mandats d'arrêt contre des proches du président. Kigali rompt ses relations diplomatiques avec Paris. Elles seront renouées trois ans plus tard.

- Rapport d'enquête rwandais -

Le 7 janvier 2010, un rapport d'enquête rwandais sur l'attentat offre une version diamétralement opposée à celle soutenue par l'enquête française confiée au juge Bruguière (auquel a succédé en 2007 Marc Trévidic). Le rapport évoque un coup d'Etat et désigne une frange extrémiste "Hutu Power" des Forces armées rwandaises (FAR).

Le 10 janvier 2012, un rapport d'expertise français conclut que l'avion a été abattu par des missiles tirés depuis le camp de Kanombé tenu par des loyalistes. Kigali estime que le rapport "rend justice" à la position soutenue par le Rwanda.

- Procès liés au génocide -

Le 14 mars 2014, l'ex-officier de la garde présidentielle Pascal Simbikangwa est condamné à 25 ans de prison, premier procès lié au génocide en France. Condamnation confirmée en appel.

Le 6 juillet 2016, Octavien Ngenzi et Tito Barahira, deux anciens bourgmestres du village de Kabarondo, théâtre de massacres, sont condamnés à la réclusion à perpétuité pour "crime contre l'humanité" et "génocide". Leur procès en appel débutera fin avril 2018 à Paris.

En novembre 2017, la justice a ordonné un procès pour Claude Muhayimana, un Franco-Rwandais accusé de "complicité" de génocide pour avoir transporté des miliciens auteurs de massacres.

- La justice française clôt son enquête -

Le 20 décembre 2017, à Paris, les juges antiterroristes Jean-Marc Herbaut et Nathalie Poux, qui ont repris le dossier, ont signifié la fin de l'enquête sur l'attentat contre le président Habyarimana.

Il revient désormais au parquet de Paris de donner sa position sur le sort judiciaire des sept personnes mises en examen, issues du clan de Paul Kagame, avant une décision finale des juges: un procès ou l'abandon des poursuites.

Les investigations avaient été relancées en 2016 afin de permettre aux juges d'entendre un dissident rwandais, sans succès.

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