Mercredi 17 Janvier 2018

Jean-Paul Kimonyo, politologue : « Le FPR s’est imposé par sa manière de promouvoir l’avènement d’un “nouveau Rwandais” »

Jean-Paul Kimonyo, politologue : « Le FPR s’est imposé par sa manière de promouvoir l’avènement d’un “nouveau Rwandais” »
(Jeune Afrique 20/12/17)

Le 16 décembre s’achevait à Kigali le congrès célébrant le 30e anniversaire du Front patriotique rwandais (FPR). Hier rébellion politico-militaire, le parti présidé depuis bientôt vingt ans par Paul Kagame a façonné le « nouveau Rwanda », suscitant tantôt l’admiration, tantôt des critiques acerbes. Le politologue Jean-Paul Kimonyo, par ailleurs militant de la première heure et conseiller à la présidence, revient pour Jeune Afrique sur cette improbable odyssée…

En décembre 1987, Jean-Paul Kimonyo, alors étudiant, vivait en exil au Sénégal après avoir grandi au Burundi – et avant d’émigrer au Canada. Né dans une famille d’anciens notables contraints de fuir le « Pays des mille collines » au moment où s’y instaurait un régime d’apartheid qui ne disait pas son nom, à l’aube des années 1960, il adhéra sans réserve au Front patriotique rwandais (FPR-Inkotanyi), ce mouvement de libération tardif qui allait, vingt-cinq ans après l’indépendance, bouleverser pour longtemps la destinée du Rwanda.

Rentré vivre sur la terre de ses ancêtres au lendemain du génocide, puis devenu conseiller du président Paul Kagame, ce politologue, déjà auteur d’un livre remarqué sur l’histoire du génocide – Rwanda. Un génocide populaire -, vient de consacrer un ouvrage à l’épopée du FPR et à l’édification du « nouveau Rwanda », dont il fut l’un des protagonistes : Rwanda demain ! Une longue marche vers la transformation.

Du 12 au 16 décembre, dans le QG flambant neuf du FPR-Inkotanyi, à la sortie de Kigali, il a participé au 30e anniversaire de l’ex-rébellion devenue « parti-Etat » sous le leadership de Paul Kagame.

Dans ce long entretien, il revient pour Jeune Afrique sur la genèse et l’évolution de ce mouvement aussi méconnu que controversé qui a façonné le Rwanda d’aujourd’hui.

Jeune Afrique : A sa création, en décembre 1987, comment le FPR est-il parvenu à susciter l’adhésion des différentes branches de la diaspora rwandaise, essentiellement tutsie, éparpillées à travers le monde ?

Jean-Paul Kimonyo : Pour les communautés de réfugiés rwandais, ce mouvement avait quelque chose de messianique, tel Moïse guidant son peuple vers la terre promise. L’une des forces du FPR, c’est qu’il avait inscrit dans ses fondements des principes alors partagés par les différentes communautés en exil : une culture rwandaise et une conscience historique affirmées, mais aussi une certaine façon de se comporter, notamment chez les leaders militaires – une droiture un peu surannée, une rigueur –, qui rappelait les guerriers du Rwanda précolonial.

Le trait d’union entre les différentes branches de la diaspora fut la conscience nationale : quels que soient les conditions de vie ou les pays d’accueil respectifs des réfugiés, cette conscience d’être rwandais les imprégnait en profondeur.

Elle était d’autant plus marquée chez les anciens, mais ma génération – celle du FPR – l’avait reçue en héritage. Le Rwanda était l’alpha et l’omega de l’existence de nos parents. Dans les pays où nous vivions, nous étions considérés comme des étrangers indésirables, ce qui a exacerbé ce sentiment d’appartenance. Le FPR a su canaliser cette conscience nationale en nous offrant les moyens d’atteindre un objectif concret : retourner au Rwanda.

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