Vendredi 22 Septembre 2017

Génocide au Rwanda: «Une partie des archives de la DGSE a été déclassifiée»

Génocide au Rwanda: «Une partie des archives de la DGSE a été déclassifiée»
(RFI 13/09/17)
Un casque bleu ghanéen protège l'évacuation de réfugiés tutsis de Kigali, le 20 juin 1994. AFP

Le vendredi 15 septembre, à 10 heures du matin, nous saurons si toutes les archives de François Mitterrand sur le Rwanda seront accessibles ou non. C’est en effet à ce moment que le Conseil constitutionnel français dira si la mandataire de François Mitterrand, Dominique Bertinotti, est, oui ou non, en droit de refuser l’accès à certaines archives de l’ancien président français. A l’origine de cette procédure, il y a un chercheur physicien, membre de l’association Survie et auteur du Sabre et de la machette, aux éditions Tribord. François Graner répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : En avril 2015, le président François Hollande a promis l’ouverture de toutes les archives françaises concernant le génocide de 1994 au Rwanda. Aujourd’hui, où en est-on ?

François Graner : Il avait demandé l’ouverture avant fin 2016 et l’année 2016 est terminée. Et on n’est pas du tout dans une situation d’ouverture parce que, en France, on a deux verrous. C’est comme une porte où il y aurait deux serrures différentes avec des clés détenues par deux personnes différentes. Il y a ce dont parlait François Hollande, c’est le secret-défense. Tout ce qui concerne les militaires. Et là, une fois que François Hollande a fait lever les obstacles liés au secret-défense et que ces obstacles ont été levés, il reste un deuxième verrou : c’est que les archives présidentielles ont aussi leur propre verrou. Et les archives de François Mitterrand ne sont pas consultables pendant 50 ans, sauf dérogation demandée. Et demandée à qui ? A une personne privée qui est le mandataire que François Mitterrand a désigné avant sa mort, en l’occurrence madame Dominique Bertinotti. Même si le premier verrou a été levé, si le deuxième verrou reste, les archives ne sont toujours pas ouvertes.

Un mot sur le premier verrou. Grâce à François Hollande, avez-vous obtenu la possibilité de consulter les archives des services secrets français, et notamment de la Direction générale de la sécurité extérieure ?

Une partie des archives de la DGSE a effectivement été déclassifiée et une des choses qu’on a pu préciser, c’est par exemple pour une affaire qui est importante dans le génocide des tutsis et le rôle d’intervention française, c’est ce qui s’est passé à Bisesero entre le 27 et le 30 juin 1994 où des rescapés tutsis du génocide ont été massacrés par des milices hutus sans que l’armée française qui était présente n’intervienne. Donc une des questions liée aux plaintes actuellement portées par les rescapés et l’association Survie contre l’armée française, c’est que l’armée française était au courant. On voit dans les documents de la DGSE que j’ai pu consulter que les services secrets informent jour par jour la haute hiérarchie française, en l’occurrence l’amiral Lanxade, chef d’état-major, et le général Quesnot, conseiller militaire de Mitterrand, de la situation des tutsis de Bisesero qui sont en train de se faire massacrer.

Le deuxième verrou, c’est celui qui concerne les archives de François Mitterrand, président de la République de l’époque. La mandataire, Dominique Bertinotti, bloque-t-elle plus les archives Mitterrand concernant le Rwanda que les archives Mitterrand concernant d’autres dossiers ?

D’après ce que nous disent les archives nationales, oui. C’est-à-dire que, dans la quasi-totalité des cas, quand les archives nationales recommandent d’autoriser une dérogation, elle suit leur avis. Et là, on est dans un cas rarissime où elle seule n’a pas suivi leur avis et n’a pas donné accès à cette demande.

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