Dimanche 19 Novembre 2017

Attentat contre le président rwandais: «il s’agit de nier le rôle de la France»

Attentat contre le président rwandais: «il s’agit de nier le rôle de la France»
(Sputnik 08/11/17)
Les restes de l'avion du président rwandais, Juvénal Habyarimana

Jacques Morel, auteur notamment du livre « La France au cœur du génocide », spécialiste sur le Rwanda. Il a rassemblé durant douze ans plusieurs documents sur l’implication de la France au Rwanda. Il a répondu par écrit à nos questions.

C'est un énième rebondissement dans l'instruction sur les causes de l'attentat de 1994 qui provoqua la mort de l'équipage français de l'avion du président rwandais, Juvénal Habyarimana, de la mort de ce dernier et de son homologue burundais. Un attentat qui est considéré comme le point de départ du génocide rwandais. Cette instruction a été ouverte 4 ans après les faits. Il est important de rappeler qu'il existe deux thèses concernant les responsabilités, la première décrit la France comme responsable (thèse défendue par notre intervenant) et la seconde qui implique les Tutsis.

C'est dans un climat diplomatique tendu entre le Rwanda et la France, que les juges Nathalie Poux et Jean-Marc Herbaut ont convoqué le ministre de la défense rwandais, James Kabarebe, pour une confrontation avec un nouveau témoin accusant l'ancienne rébellion tutsi, dirigée à l'époque par l'actuel président rwandais, Paul Kagamé, d'être responsable du tir de missile ayant abattu l'avion présidentiel. Une convocation qui passe très mal au Rwanda, en témoigne l'interview paru dans Le Monde de la ministre des affaires étrangères rwandaise, Louise Mushikiwabo, qui voit dans ce développement judiciaire l'influence de « certains responsables [français] qui étaient les soutiens d'un régime qui a commis un génocide, et qui essaient depuis vingt-trois ans de cacher leurs traces, de brouiller les pistes »

Question: Comment peut-on expliquer ce énième rebondissement dans l'instruction?

Jacques Morel: «Cette instruction a été ouverte 4 ans après les faits, les familles ayant été priées de ne pas déposer plainte. La formation d'une mission d'information parlementaire en 1998 a provoqué l'ouverture de cette instruction, l'enquête judiciaire permettant de limiter le champ d'investigation parlementaire.

En montrant que les tirs de missiles étaient partis du camp militaire de Kanombe ou de son voisinage immédiat, les experts mandatés par les juges Trévidic et Poux ont confirmé ce que l'on savait déjà: que l'attentat contre le président Habyarimana a été organisé par des militaires rwandais qui refusaient la mise en application des accords de paix d'Arusha, c'est-à-dire par l'arrivée du FPR au gouvernement (5 portefeuilles) et la fusion des deux armées.

Mettre en cause des militaires rwandais c'est mettre en cause la France. D'une part, ce sont des officiers français qui commandaient les opérations de l'armée rwandaise et qui avaient accès à toutes les écoutes des services de renseignement.

Et d'autre part, les militaires rwandais ne savaient pas régler l'artillerie donnée par la France, comment pouvaient-ils tirer des missiles? (c'est ce que dit l'ancien ambassadeur Martres.

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