Lundi 24 Juillet 2017

RD Congo: nombreuses évasions après l'attaque de la prison de Kinshasa

RD Congo: nombreuses évasions après l'attaque de la prison de Kinshasa
(AFP 18/05/17)

Le chef d'un mouvement insurrectionnel ayant appelé au soulèvement contre le président congolais Joseph Kabila et un nombre indéterminé de détenus étaient en fuite mercredi soir après une attaque nocturne contre la prison centrale, surpeuplée, de Kinshasa.

La prison de Makala a été attaquée vers 04h00 du matin (03h00 GMT). Le bruit de plusieurs explosions et de tirs d'armes automatiques a été entendu à plusieurs kilomètres du pénitencier, situé dans le centre la capitale de la République démocratique du Congo.

Les circonstances de l'attaque restent confuses. Tôt mercredi, le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, a déclaré à l'AFP que la prison avait été attaquée par des adeptes de Bundu Dia Kongo (BDK, "Royaume du Kongo" en kikongo), mouvement politico-religieux sécessionniste, et que les assaillants étaient parvenus à faire "évader une cinquantaine de prisonniers dont leur gourou, Ne Muanda Nsemi".

Mais au fil de la journée, diverses sources ont avancé des bilans bien plus élevés alors que les autorités gardaient le silence.

Dans la soirée, le porte-parole de la police a publié un communiqué indiquant simplement que, outre le chef de BDK, "plusieurs prisonniers dangereux et auteurs de crimes crapuleux se sont volatilisés dans la nature". La police en appelle à la "collaboration" des habitants "pour dénoncer tous ces criminels et évadés qui se cacheraient dans les différents quartiers de la ville".

Selon une source officielle, huit personnes au moins ont été tuées dans les violents échanges de tirs ayant éclaté pendant l'assaut contre Makala : un policier, cinq assaillants et deux membres de l'administration pénitentiaire.

Selon un détenu de droit commun ayant réussi à s'échapper, "une centaine" de prisonniers se seraient évadés.

La date choisie pour cette opération est symbolique puisque mercredi est férié en RDC : le pays marque cette année le vingtième anniversaire de la chute du dictateur Mobutu Sese Seko et l'avènement du chef rebelle Laurent-Désiré Kabila, père de Joseph.

- 4.000 évadés ? -

Parlant sous le couvert de l'anonymat, un responsable de la ville-province de Kinshasa a dit à l'AFP que trois détenus condamnés en lien avec l'assassinat de Kabila père en 2001, dont sa secrétaire particulière, figuraient au nombre des fugitifs.

"Le pavillon (carcéral) des femmes est vide. Toutes les pensionnaires se sont évadées", a-t-il ajouté à propos de bâtiments censés accueillir en temps normal plus de 200 détenues.

Selon un décompte - invérifiable - transmis à l'AFP et réalisé par les 11 "gouverneurs de pavillons" (pour la plupart des condamnés à mort chargés de l'organisation interne de la prison), 86 évadés auraient été ramenés à la centrale, mais il manquait encore plus de 4.000 prisonniers à l'appel vers 18h00 (17h00 GMT), sur les plus de 8.000 recensés la veille dans cette maison d'arrêt, construite sous la colonisation belge et dont la capacité d'accueil initiale était de 1.500 places.

Le chiffre circulait dans la soirée en ville, suscitant l'inquiétude de nombreux habitants de la capitale.

Le BDK prône une scission du Kongo-central (province de l'Ouest de la RDC) et est accusé d'une série d'attaques contre des symboles et des représentants de l’État en janvier et février 2016.

Son chef, député, a été arrêté début mars après deux semaines de siège de sa résidence à Kinshasa. Il avait appelé auparavant à un soulèvement contre M. Kabila après une tentative avortée de rapprochement avec le chef de l’État, fin 2016.

M. Kabila a succédé à son père en janvier 2001. Élu président en 2006, il a été réélu en 2011, lors d'un scrutin entaché de fraudes massives. Son mandat s'est achevé en décembre et la Constitution lui interdit de se représenter, mais il se maintient à la tête du pays en vertu d'un arrêt controversé de la Cour constitutionnelle.

Bundu Dia Kongo prône la restauration du royaume Kongo, qui a connu son apogée au XVIe siècle et dont l'autorité s'étendait sur l'actuel Kongo-central et des territoires aujourd'hui en Angola, au Congo-Brazzaville et au Gabon.

En 2008, la secte avait été visée par une violente opération militaire, après avoir mené une série d'attaques contre des agents de l’État et avoir appelé la population locale à chasser de la province les "non-originaires".

Commentaires facebook