Mardi 30 Mai 2017

RDC : Kanyama, Kazembe… pourquoi Kabila fait le ménage ?

RDC : Kanyama, Kazembe… pourquoi Kabila fait le ménage ?
(Courrier International 20/04/17)
Le président de la RDC, Joseph Kabila

Le chef de la police de Kinshasa, Célestin Kanyama, a été débarqué alors que le gouverneur de la province stratégique du Haut-Katanga, Jean-Claude Kazembe, a été destitué. Deux personnalités controversées qui risquaient de gêner le président Joseph Kabila pour se maintenir au pouvoir. Explications.

Joseph Kabila cherche-t-il à redorer son image en pleine crise politique ? C’est la lecture principale que nous pouvons faire du limogeage sans explication du très redouté patron de la police de Kinshasa et de la destitution du gouverneur de la riche province du Haut-Katanga. Arrivé fin mandat depuis le 20 décembre 2016, le président congolais tente de se maintenir au pouvoir par tous les moyens, notamment en retardant le processus électoral. Mais en pleine impasse politique avec l’opposition, Joseph Kabila tente une opération séduction, essentiellement tournée vers la communauté internationale. Deux personnages clés du système Kabila viennent d’en faire les frais.

Artisan de la répression policière

Surnommé « Esprit de mort », le général Célestin Kanyama a été démis de ses fonctions lundi 17 avril, sans que la police congolaise n’en fournisse les raisons. « C’est le colonel Elvis Palanga Nawej qui a été désigné commissaire provincial intérim de la ville-province de Kinshasa » a indiqué le porte-parole de la police nationale, sans plus de détails. Le général Kanyama est pourtant dans le viseur des ONG des droits de l’homme et des Nations unies depuis plusieurs années en étant le principal artisan de la féroce répression policière qui s’abat régulièrement sur les manifestations de l’opposition dans la capitale. Lors des dernières mobilisations populaires de septembre 2016, une cinquantaine de personnes avaient été tuées dans les violences. Idem pendant les manifestations contre la modification de loi électorale en janvier 2015 et lors des opérations anti-criminalité Likofi de 2013 et 2014, où une quarantaine de personnes avait trouvé la mort.

Un sécurocrate un peu trop voyant

En décembre 2016, le général Kanyama est frappé par un gel de ses avoirs en Europe et une interdiction de voyager dans l'Union européenne. Célestin Kanyama est alors jugé responsable de la « répression violente » lors des manifestations anti-Kabila de septembre 2016. En le limogeant, le président Kabila se débarrasse (ou fait mine de se débarrasser) d’un sécurocrate un peu trop voyant, à l’image de John Numbi, également chef de la police, et mis au vert par le chef de l’Etat après l’assassinat du célèbre militant des droits de l’homme Floribert Chebeya en 2010. Si certaines rumeurs avancent à Kinshasa des luttes internes et « ethniques » au sein de la police congolaise, la décision d’écarter le chef de la police ne peut revenir qu’à Joseph Kabila en personne. Mais attention, comme John Numbi, Célestin Kanyama ne restera pas sans doute inactif. Si « Esprit de mort » disparaît des radars médiatiques, c’est vraisemblablement pour mieux servir le camp présidentiel… mais dans l’ombre. John Numbi est d’ailleurs toujours très actif au Katanga où il sert de go-between entre les groupes armés locaux et le pouvoir.

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