Lundi 18 Décembre 2017

En Centrafrique, des plans de paix en série et toujours la guerre

En Centrafrique, des plans de paix en série et toujours la guerre
(Le Monde 19/09/17)
Le président de la communauté de Sant'Egidio Marco Impagliazzo (d) et le ministre centrafricain des Affaires étrangères Charles Armel Doubane, s'adressent aux représentants des groupes signataires de l'accord, à Rome, le 19 juin 2017

En dix ans, une douzaine d’accords de réconciliation ont été signés, mais aucun n’a pu être appliqué, déplore le spécialiste de justice transitionnelle Pierre Hazan. Le constat est vite fait. De l’accord de Syrte de 2007, conduit par feu « le médiateur et Guide de la grande révolution libyenne » Mouammar Khadafi, aux deux accords conclus ces derniers mois, l’un en juin à Rome sous l’impulsion de la diplomatie du Vatican (Entente de Sant’Egidio), l’autre en juillet à Libreville conduite par l’Union africaine (Feuille de route pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine), les sujets abordés dans ces accords de paix sur la Centrafrique sont pratiquement invariables, tout comme les solutions.

L’ensemble est assorti de vaines promesses : arrêt immédiat des hostilités, partage du pouvoir, cantonnement, désarmement, démobilisation, réintégration et réhabilitation des combattants, retour des réfugiés et des déplacés, protection de civils, respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme et, enfin, réconciliation. Ils ne diffèrent sur le fond que sur deux sujets majeurs : l’amnistie générale et le mode de partage du pouvoir.

La situation n’a cessé de se détériorer

Bref rappel des faits : depuis l’ère de François Bozizé (2003-2013), la Centrafrique a connu quatre chefs d’Etat et une succession de conflits armés entre les forces gouvernementales et les groupes armés, voire entre les groupes armés eux-mêmes. La principale ligne de fracture – mais de loin pas la seule – oppose les ex-Séléka (la Séléka fut officiellement dissoute en 2013), des milices du nord-est du pays composées de musulmans, à des groupes d’autodéfense de la majorité chrétienne, les anti-balaka. Tous deux sont responsables de terribles exactions.

Sont aussi intervenues des milices d’autres pays, des forces étrangères (françaises, tchadiennes et ougandaises), ainsi que les casques bleus de l’ONU. Malgré l’élection démocratique de l’actuel chef de l’Etat, Faustin-Archange Touadéra en 2016, et la présence de 12 000 casques bleus depuis trois ans, la situation n’a cessé de se détériorer. A l’heure actuelle, 80 % du pays échappe au contrôle du gouvernement. Le nombre de déplacés a bondi de 400 000 en avril à 600 000 aujourd’hui, auxquels s’ajoutent des centaines de milliers de réfugiés dans les pays voisins. Jamais la situation n’a été aussi préoccupante. Une fois encore, les Nations unies alertent sur le risque de génocide, jugeant que « les signes avant-coureurs sont là », les groupes armés cherchant à « nettoyer » les populations qu’ils considèrent hostiles.

Depuis 2007, une douzaine de plans de paix et feuilles de route pour la réconciliation ont été élaborés sans prise sur le réel. Les leaders des principaux groupes armés, qui se livrent une guerre sans merci, se retrouvent dans une touchante unanimité pour demander à la communauté internationale d’insérer dans chaque accord de paix un généreux programme de désarmement, de démobilisation, de réintégration et de réhabilitation (DDRR) des ex-combattants.

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