Mardi 24 Octobre 2017

Centrafrique : sur la route avec les miliciens

Centrafrique : sur la route avec les miliciens
(Libération 10/10/17)
Des combattants de l’UPC sur la RN2 entre Bambari et Alindao, le 1er octobre. (Photo Alexis Huguet. Hans Lucas pour Libération)

Dans un pays morcelé depuis 2013, l’UPC, groupe armé issu de l’éclatement de la Séléka, inspire la terreur. De Bambari à Alindao, traversée en 4×4 jusqu’à la ville refuge de leur chef Ali Darassa. Une journée de voyage ponctuée par les villages brûlés.

«J’espère que vous aimez la viande.» Hassan Bouba est prêt à partir pour Alindao, le fief de l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), un puissant groupe armé installé dans le Sud-Est de la Centrafrique. Ce matin-là, le jeune coordinateur politique du mouvement reçoit dans sa maison de Bambari, à 375 kilomètres de la capitale, derrière la mosquée. Des adolescents mutiques ont installé des chaises dans la courette et ont servi le thé. L’orage qui vient promet d’apporter un peu de fraîcheur pour le voyage.

L’UPC est un résidu de la Séléka, la coalition de groupes armés à dominante musulmane qui renversa le président Bozizé en 2013 avant d’être chassée du pouvoir un an plus tard. Bien qu’évincés de Bangui, les ex-Séléka, désormais divisés en plusieurs mouvements rivaux, contrôlent toujours 80 % du territoire centrafricain. La veille du départ, Hassan Bouba était dans la capitale pour discuter avec les autorités des conditions du programme de «DDR» (désarmement, démobilisation, réintégration). Mais il n’est pas question de désarmer l’UPC en ce moment. Dans la région d’Alindao, l’organisation est engagée dans une guerre sans merci contre les anti-balaka, miliciens locaux, surtout chrétiens et animistes, qui ont juré la perte des anciens Séléka. Hassan Bouba, qui est revenu de la capitale dans un hélicoptère de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca), le sait pertinemment, malgré son discours convenu sur la «réconciliation».

KM 1 : bergers et 4 × 4

120 kilomètres séparent Bambari, l’une des seules villes du pays déclarée «sans groupes armés», désormais sous contrôle des Casques bleus, et Alindao, le repaire du leader de l’UPC, Ali Darassa, l’un des hommes les plus craints et les plus haïs de Centrafrique. Ici, on ne parle pas de routes, mais d’«axes». Le territoire, plus vaste que la France, compte moins de 300 kilomètres de «goudron». L’axe Bambari-Alindao, ou RN2, l’un des plus importants du pays puisqu’il le traverse d’est en ouest, reliant Bangui à la frontière sud-soudanaise, n’a jamais connu d’asphalte. Il a la largeur d’un chemin forestier et est si peu fréquenté qu’il est possible de relier les deux villes sans croiser un seul engin roulant.

Au-delà du check-point des Casques bleus gabonais, à la sortie sud de Bambari, l’UPC règne en maître. Moins d’un kilomètre après le barrage onusien, un long combattant au visage fin, en uniforme impeccable, enturbanné, kalachnikov en bandoulière, grimpe à l’arrière du 4 × 4. C’est le garde du corps personnel de Hassan Bouba. Un Peul, comme la grande majorité des combattants de l’UPC et bien entendu comme leur leader, Ali Darassa. Ce peuple d’éleveurs, souvent nomades, sillonne le pays au gré des cycles de transhumance. Sur la route, des bergers reviennent du marché au bétail, un arc à la main. Quelques femmes peules, des perles dans les cheveux, une calebasse de lait sur la tête, font du troc dans les villages. Ici, l’Etat centrafricain est un lointain souvenir.

A Digui (point kilométrique 42), les hommes de l’UPC tiennent les barrières d’entrée et de sortie de la ville. Une dizaine de guerriers de l’organisation sont là pour recevoir Hassan Bouba. Tous portent le treillis. Ils font le salut militaire en claquant la main à la hanche. Le plus jeune flotte dans sa casquette kaki, il prépare un siège en bois afin que le conseiller politique se repose un instant à l’ombre, en silence. L’UPC a la réputation d’être le groupe armé le mieux organisé et le plus hiérarchisé du pays. Hassan Bouba affirme qu’il dispose de 2 000 «soldats», un chiffre vraisemblablement surévalué, notamment après les affrontements très meurtriers qui ont opposé l’UPC à ses anciens alliés de la Séléka, l’an dernier. Depuis, le mouvement est clairement affaibli. Il a perdu des hommes après avoir été chassé des mines d’or et des axes sur lesquels il taxait les passages. Reste l’activité historique de «protection» des troupeaux, qui rapporte 20 000 francs CFA (30 euros) par tête de bétail, selon Hassan Bouba. Après la prière, le déjeuner est servi à Bokolobo (point kilométrique 57), à mi-chemin d’Alindao.

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