Dimanche 17 Décembre 2017

Minorités sexuelles en Ouganda: «modifier la loi, mais aussi les mentalités»

Minorités sexuelles en Ouganda: «modifier la loi, mais aussi les mentalités»
(RFI 17/05/17)
La militante pour les droits de la communauté LGBT, Kasha Jacqueline Nabagesera, négocie avec les forces de police, lors de la tentative d'organisation d'une Gay Pride à Entebbe, en Ouganda, le 24 septembre 2016 © RFI / Gaël Grilhot

Trois ans après l'abandon d'une loi extrêmement liberticide, les membres de la communauté Lesbienne, gay, bi et transgenre (LGBT) doivent toujours subir de fortes discriminations en Ouganda, où l'homosexualité est toujours passible d'une peine de prison.

« Nous allons attaquer et attaquer encore. J'ai de nouvelles tactiques. Nous allons nous procurer (une) machine qui permettra de détecter les homos et les pornographes, en particulier ceux qui utilisent à de mauvaises fins des applications comme WhatsApp. » Le révérend Lokodo en est persuadé, le mal représenté par les homosexuels en Ouganda peut et doit être combattu. Par tous les moyens. Il affirme même avoir mis en place « un programme visant à réhabiliter les membres de la communauté LGBT, dans le but ultime de leur donner une chance de mener une vie normale. »

Obsédé par la lutte contre l'homosexualité, le révérend Lokodo tient un discours extrêmement virulent et réactionnaire, voire paranoïaque, qui pourrait presque prêter à sourire par ses outrances. Sauf que le révérend Lokodo occupe actuellement le poste de ministre de la Morale et de l'Intégrité, et que sa vision est officiellement celle du gouvernement ougandais. La loi ougandaise est en effet très répressive, pour tout ce qui concerne les « actes contre nature », passibles théoriquement d'une lourde peine de prison. Une loi signée en février 2014 par Yoweri Museveni prévoyait même la détention à vie pour ce type de délit, ainsi qu'une obligation à la délation.

Six mois plus tard, face à la condamnation internationale, la loi a été annulée par la justice, mais les dégâts sont toujours présents au sein de la société. « Il y a toujours des gens qui vont à la police pour dénoncer des homosexuels (…) Les gens ne savent pas que la loi a été supprimée », explique Pepe Julian Onziema, travailleur social et ardent défenseur de la communauté LGBT dans son pays. « Les homosexuels font toujours l'objet d'extorsion, poursuit le directeur des programmes de l'organisation Minorités sexuelles en Ouganda. Avant, les homosexuels étaient expulsés de chez eux, mais aujourd'hui, ils sont gardés prisonniers au sein de leurs familles et subissent des mauvais traitements. » Beaucoup, encore, doivent cacher leur orientation sexuelle au travail, de peur d'être stigmatisés. Une exclusion sociale qui peut aller assez loin, en matière de santé, ou pour trouver un logement, par exemple.

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