Mercredi 13 Décembre 2017

Grands Lacs : quadripartite à Oyo sans Dos Santos

Grands Lacs : quadripartite à Oyo sans Dos Santos
(Le Potentiel Online 25/03/13)

Quatre chefs d’Etat se sont donné rendez-vous hier dimanche 24 mars à Oyo, village natal du président Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville. Joseph Kabila, Paul Kagame, Yoweri Kaguta Museveni et Denis Sassou Nguesso, tous signataires de l’accord-cadre du 24 février dernier, ont conféré sur « la paix dans la région des Grands Lacs, notamment dans l'Est de la RDC à la suite des accords conclus dernièrement sur la RDC à Addis-Abeba ». L’Angola, le géant militaire de l’Afrique centrale, a été laissé de côté. Une absence qui va certainement peser sur la portée réelle de la rencontre d’Oyo.

Le président congolais Denis Sassou Nguesso vient d’organiser un sommet quadripartite à Oyo, son village natal. Il a convié, à cette occasion, ses homologues Paul Kagame du Rwanda, Yoweri Museveni de l’Ouganda et son proche voisin Joseph Kabila.

Le président rwandais Paul Kagame a été le premier à atterrir sur le tarmac de l’aéroport international d’Ollombo, situé à près de 5 km d’Oyo dès 8h30 (GMT, locales), suivi de l’Ougandais Yoweri Museveni. Le président Kabila Kabange a fermé la marche à 10h. Ils ont tous été accueillis par leur homologue congolais Denis Sassou Nguesso. Le cortège des quatre présidents s’est ébranlé ensuite pour Oyo à l’hôtel l’Alima Palace où a lieu le mini-sommet.

L’ordre du jour

Bien avant la tenue de ce sommet, Basile Ikouébé, ministre des Affaires étrangères du Congo/Brazzaville, a planté le décor, précisant dans un communiqué que « les quatre chefs d’Etat se pencheront en particulier sur la mise en œuvre de l’accord des Nations unies relatif à la situation en RDC, signé à Addis-Abeba le 24 février 2013 ». « En sa qualité de président du comité de suivi de l’accord de Libreville sur la situation en République Centrafricaine, le président Denis Sassou Nguesso fera le point des efforts menés dans le cadre de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) et des initiatives en cours pour la mise en œuvre dudit accord, à la lumière de récents développements », ajoutait le communiqué.

En attendant le communiqué final sanctionnant cette rencontre, la situation dans l’Est de la République démocratique du Congo était, sans aucun doute, au centre des discussions, particulièrement sur le volet de la mise en œuvre de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, au regard de l’évolution rapide de la situation sur le terrain.

Circonscrivant cette rencontre de haut niveau, un diplomate congolais a déclaré que « le Sommet est destiné à débattre de la paix dans la région des Grands Lacs, notamment dans l'Est de la RDC à la suite des accords conclus dernièrement sur la RDC à Addis-Abeba ». L’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région (CIRGL, CEEAC, SADC) signé par onze pays rappelle aux Etats l’obligation de « ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures des autres Etats voisins ; ne pas tolérer, ni fournir une assistance ou un soutien quelconque à des groupes armés ; respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale des Etats voisins ; renforcer la coopération régionale, y compris à travers l’approfondissement de l’intégrité économique avec une attention particulière accordée à la question de l’exploitation des ressources naturelles ».

C’est dans ce cadre, estiment des observateurs avertis, que le président Sassou est entré en danse afin de mettre les principaux protagonistes autour d’une table pour des discussions sincères. En fait, Kagame et Museveni étant impliqués dans l’instabilité permanente dans l’Est de la RD Congo, il devenait hasardeux de continuer de jouer au cache-cache, en à plaçant l’Ouganda au centre de la médiation, alors que son implication est avérée, comme l’ont attesté le rapport du groupe d’experts des Nations unies sur la RDC.

Le président Sassou a donc choisi de réunir ses pairs de la région, à Oyo où il a reçu séparément en janvier et février derniers, ses homologues Joseph Kabila et Paul Kagame, pour débattre des mêmes questions de paix et de sécurité dans la région, plus précisément dans l’Est de la RDC confrontée depuis plusieurs mois à des violences armées. Pour le chef de l’Etat du Congo/Brazzaville, il s’est agi particulièrement de reprendre le bâton de pèlerin pour faire avancer les discussions sur le terrain en vue d’un retour à une paix durable dans la région des Grands Lacs.

L’absence de Dos Santos

Seulement, le président Denis Sassou Nguesso a eu à consulter tous les protagonistes de la sous-région séparément. Du 19 au 20 février 2013, le Congolais Kabila avait séjourné au Congo-Brazzaville pour des échanges sur la question. Le Rwandais Kagame avait également effectué le pèlerinage d’Oyo pendant deux jours, soit les 16 et 17 février dernier.

Kagame a noté avec Denis Sassou Nguesso leur « volonté de contribuer positivement au retour de la paix » dans l’Est de la RD Congo. Cela, « après avoir passé en revue la situation sous-régionale, notamment à l’Est de la RDC, les deux chefs d’Etat ont réaffirmé leur volonté de contribuer positivement au retour de la paix dans le Nord-Kivu et la région des Grands Lacs». Lors de toutes ces rencontres, l’épineuse question de l’instabilité dans l’Est de la RDC avait été abordée, ainsi que l’ont laissé entendre des communiqués publiés à cet effet.

Pour cette nouvelle rencontre, le président Museveni a élargi le cercle des discussions. Curieusement, il n’y a que des dirigeants des pays présentés ouvertement comme agresseurs de la RDC qui sont conviés à ces rencontres autour de Sassou. Un pays comme l’Angola, dont la proximité avec la République démocratique du Congo n’est plus à prouver aurait dû également prendre une part active aux différentes rencontres visant la paix dans les Grands Lacs.

L’Angola reste une puissance militaire incontestable dans la sous-région et Dos Santos avait exprimé, à voix audible, sa réticence sur l’efficacité des engagements contenus dans l’accord-cadre d’Addis-Abeba du 24 février 2013. Sur la balance, cela compte.

Denis Sassou Nguesso, un vieux singe en politique à qui on ne peut prétendre donner des leçons en la matière, rectifierait les tirs lors de prochains rendez-vous. L’absence de Dos Santos est perçue comme un oubli au pire. Car, tous reconnaissent qu’un processus de paix dans les Grands Lacs qui ignore l’Angola est voué à un échec certain. Denis Sassou Nguesso ferait mieux d’inclure cette donne dans sa stratégie de médiation pour la paix et la stabilité dans les Grands Lacs.

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